Les cultures génétiquement modifiées en Afrique et leurs conséquences pour les petits agriculteurs
by Devlin Kuyek (GRAIN)
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Introduction
” Le génie génétique gagne rapidement le continent, sans se préoccuper des questions de bio-sécurité et de processus démocratiques. “
Le génie génétique s’est très rapidement introduit dans le secteur agricole. En moins d’une dizaine d’années depuis l’introduction commerciale de la première variété génétiquement modifiée, plus de 50 millions d’hectares ont été plantés en variétés génétiquement modifiées dans le monde.1 Ses partisans affirment qu’en transférant un gène d’un organisme à un autre, le génie génétique peut surmonter les contraintes inhérentes aux sélections traditionnelles de plantes. Ils soutiennent que les nouvelles variétés transgéniques réduiront le recours aux pesticides et augmenteront la sécurité alimentaire dans les pays en développement - une promesse que ces pays aspirent à voir se réaliser. Et l’idée que la ‘nouvelle’ économie mondiale s’établira à partir du génie génétique est largement répandue, affirmant que tout pays qui restera en marge perdra sa compétitivité dans l’avenir. Ces affirmations ont pesé sur les milieux politiques en Afrique. Dans une lettre au président américain de l’époque, Bill Clinton, le président kenyan Daniel Arap Moi écrivait : ” Alors que la Révolution verte a été un succès remarquable en Asie, elle a laissée l’Afrique de côté. Aujourd’hui, la communauté internationale est à la veille d’une révolution biotechnologique que l’Afrique ne peut pas se permettre de rater. ” 2
Face à l’enthousiasme suscité par le génie génétique, il y a peu de place pour une réflexion critique. Cette nouvelle technologie est-elle appropriée aux systèmes agricoles et quelles seront ses conséquences si elle est adoptée ? L’expérience d’autres pays montre que cette ouverture au génie génétique soulève un grand nombre de questions concernant la bio-sécurité et plus généralement les conséquences socio-économiques. Cela requiert l’acceptation des droits de propriété intellectuelle sur les organismes vivants, la privatisation de la recherche publique, et une recherche-développement coûteuse au détriment de l’innovation issue des savoirs paysans. Que signifiera ce changement pour l’Afrique et pour les petits agriculteurs en particulier ? Qui plus est, pourquoi la nouvelle ‘révolution génétique’ serait-elle plus efficace que la Révolution verte qui a échoué en Afrique ?
Malgré ces limites et les risques potentiels que les cultures génétiquement modifiées peuvent entraîner, le génie génétique gagne rapidement le continent, sans se préoccuper des questions de bio-sécurité ni des processus démocratiques. Ce dossier s’interroge sur la question de savoir qui fait pression pour l’adoption de cette technologie et qui la demande, si les variétés GM sont sûres et cherche à établir si le paysan africain en a vraiment besoin. Il présente plusieurs études de cas qui montrent quelques-unes des variétés transgéniques utilisées pour introduire cette nouvelle technologie en Afrique. Ces exemples démontrent que, outre le fait qu’elles apportent très peu aux petits paysans africains, elles menacent à plus long terme de détruire le fragile équilibre des systèmes agricoles dont dépendent ces agriculteurs.
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