Passerelles • Volume 9 • Numéro 2 • Avril 2008
Crise alimentaire : les Etats de la Cedeao à la recherche d’une réponse
Les ministres de l’Agriculture et des Finances des pays membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (Cedeao) se sont réunis le lundi 20 mai 2008 à Abuja pour élaborer une stratégie commune pour faire face aux répercussions de la région sur la crise alimentaire mondiale. “La crise qui nous préoccupe exige que nous recherchions des solutions régionales pour répondre à une situation d’urgence”, a déclaré le ministre des Finances du Nigeria Shamsuddeen Usman à l’ouverture de cette réunion extraordinaire.
“En attendant, nous devons trouver une réponse d’urgence pour apporter l’alimentation nécessaire à notre population croissante tout en préparant des réponses à moyen et long terme” pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, a déclaré M. Usman. Cette réunion extraordinaire de la Cedeao a rassemblé des ministres de l’Agriculture, des Finances et du Commerce de la région ainsi que des représentants de plusieurs organisations internationales. Le président de la commission de la Cedeao, Mohammed Ibn Chambas, a pour sa part souligné que “la hausse des prix mondiaux des denrées alimentaires et les récentes manifestations de rue qui l’accompagnent (constituaient) un enjeu majeur” dans la mesure où elles “menacent la stabilité et la croissance économique”.
Bien que certains Etats membres aient déjà pris des mesures d’urgence pour faire face au problème, “il est impératif (que la Cedeao, ndlr)… ajoute à ces mesures nationales une réponse régionale complète”, a insisté M. Chambas. Le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’ouest, Said Djinnit, a estimé que cette crise devrait constituer un appel au réveil de l’Afrique et de la communauté internationale et en particulier des institutions financières.
“Les pays africains devraient se remobiliser pour revitaliser l’agriculture et s’associer pour créer les conditions nécessaires” pour atteindre l’autosuffisence alimentaire, a déclaré M. Djinnit en citant notamment la mise en place de politiques concernant le foncier. Quelque 135 millions d’Africains seront touchés par la crise provoquée par la flambée des prix des produits alimentaires, a averti début mai la Banque africaine de développement (BAD), à l’issue d’une réunion de son Conseil d’administration consacrée au financement de mesures pour l’agriculture. Un certain nombre de mesures ont été prises. Parmi lesquelles l’engagement de la banque pour 1 milliard de dollars supplémentaires pour appuyer le secteur agricole en Afrique, en plus de 3,8 milliards qui lui sont déjà consacrés.
La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (Cedeao) a annoncé qu’elle soutiendrait fortement l’agriculture afin atténuer les effets de la crise alimentaire mondiale. Il y’a donc une nécessité à long terme, améliorer leur budget de l’agriculture et investir dans la production locale d’engrais et de semences. Dans le court terme, les ministres ont décidées un investissement de quatre milliards de dollars entre 2008 et 2010 pour relancer la productivité agricole, essentiellement dans les petites exploitations familiales”. Ils ont aussi décidé de solliciter la communauté internationale pour trouver les deux milliards de dollars nécessaires pour nourrir les 44,4 millions d’Africains de l’Ouest qui vivent en état de très grande pauvreté.
Mais parmi toute ces mesures, sans doute la plus apte à solutionner les difficultés d’alimentation en Afrique est la mise en oeuvre de la politique agricole commune. En ce sens, ont peut lire dans le communiqué final de cette rencontre, un engagement des ministres qui “ont souligné la nécessité de mettre en application la politique commune agricole de la Cedeao, qui prévoit l’établissement d’un système d’information sur le marché régional, la création de chaînes efficaces de production, de stockage et de commercialisation ainsi que l’amélioration des stocks alimentaires de sécurité”.
Le président de la commission de la Cedeao, Mohammed Ibn Chambas, avait abordé dans le même sens dès l’ouverture de cette rencontre. Il a relevé la nécessité de complèter les mesures prises nationalement par une réponse régionale complète. La crise alimentaire selon lui “doit pousser les pays membres à mettre en oeuvre la politique agricole commune”.
Mais la politique agricole mise en place connaît de sérieux problèmes dans sa mise en application. Il faut signaler que l’apport de l’agriculture sur le produit brut régional, avec 73 milliards de dollars, est des plus conséquents. C’est un secteur qui fournit 21 milliards et occupe une place centrale dans l’emploi. Environ 62 % de la population ouest-africaine tire ses ressources des activités agricoles. Ses exportations représentent 4 milliards de dollars (en baisse de 24 % en 20 ans) alors que les importations représentent 2,25 milliards de dollars (en baisse de 25 % en 20 ans). Politique agricole régionale (Ecowap) est suspendue à la mise en place d’un Tarif Extérieur Commun qui définit les taxes à l’importation.
Aujourd’hui, il est question d’élargir le Tec l’UEMOA qui semble être l’option. Un combat est aujourd’hui engagé pour une cinquième bande tarifaire dans la structure du Tec de l’Union si toute fois il devrait être appliqué à la CEDEAO. Ce combat dirigé par le Nigeria pourrait permettre aux paysans de relever la tête et d’avoir une meilleure protection. Le TEC a été défini avant la Politique Agricole de l’Union. Or, à l’inverse de ce que font tous les pays qui ont une politique agricole forte, le TEC de l’UEMOA ne protège pas du tout son agriculture.
Et aujourd’hui, les effets pervers de cette politique sont manifestes. Le cas du riz est emblématique, mais il n’est pas le seul. Il est donc urgent de relevé le TEC, au moins en ce qui concerne les produits agricoles pour une bonne politique agricole.
Cette ECOWAP se révèle aujourd’hui comme une réponse adéquate à la crise alimentaire mondiale. Mais si seulement elle est bien appliquée, avec un TEC suffisamment protecteur et stimulant.