Passerelles • Volume 9 • Numéro 4 • Septembre 2008
Sommet ACP : Les pays ACP veulent se concerter avec l’Union européenne (UE) mais la société civile dénonce et tire la sonnette d’alarme sur la non préparation des Etats
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Le 6ème sommet des chefs d’Etats et de gouvernements des pays Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP) qui s’est ténu les 2 et 3 octobre à Accra au Ghana. Créé en 1975, le groupe ACP comprend 79 pays, dont 48 d’Afrique sub-saharienne, 16 des Caraïbes et 15 du Pacifique. Tous les pays composant l’organisation ont pris part à ce sommet qui s’est tenu dans un contexte particulier marqué par différentes crises : la crise alimentaire, celle financière et celle des relations commerciales internationale.
Certaines régions ACP n’ont toujours pas signé d’APE avec l’UE ; tandis que d’autres sont très avancées. Les négociations au sein de l’OMC sont bloquées. Et la plus part des pays ACP sont confrontés à une crise alimentaire. La crise financière n’épargnera certainement pas ces pays mais, les participants au sommet ont constaté que cette crise financière et la tourmente sur les places boursières occidentales affecteraient relativement peu les ACP. Cependant, ils se sont inquiétés du ralentissement économique qui devrait suivre cette crise. Nii Moi Thompson, directeur de l’Institut de politique du développement au Ghana, affirme que les forces de marchés influencent les prix des matières premières, mais également que les conditions dans les pays en développement exacerbent l’inflation.
Par conséquent, les ACP demandent à la communauté internationale de stabiliser les marchés financiers ainsi que les prix du pétrole et des aliments.
L’importante question des APE a été largement discutée au cours de ce sommet. Elle était même la question centrale. Elle est d’autant plus important qu’elle divise les pays ACP et sape les efforts consentis dans le cadre de l’intégration des régions ACP. La conclusion d’APE intérimaires a divisé les régions et les pays dans une même région, aujourd’hui des efforts considérables sont entrain d’être déployés pour sauver l’intégration. Certains pays ACP avaient fortement dénoncé ces Accords intérimaires et estimaient qu’il vaudrait mieux pour les pays en développement de faire front commun face à l’Europe.
Il faut rappeler que ces accords commerciaux impliquent l’accès libre de la majorité des produits ACP au marché européen, en échange d’une ouverture progressive d’au moins 80% des marchés ACP aux produits européens, avec des périodes de transition. A noter que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a statué récemment qu’une première série d’accords séparés entre l’UE et certains pays ACP était illégale.
Cette situation est plus que préoccupante, les pays ACP cherchent des voies et moyens pour surmonter ces difficultés dans leur relation avec l’ancienne métropole. Dans cette perspective, les chefs d’Etats et de gouvernements ont décidé, à la sortie de ce sommet de s’engager dans des concertations de haut niveau avec les Membres de l’Union européenne pour la conclusion « d’accords de partenariat économique bénéfiques pour les populations ».
Des instructions ont été données au président du Conseil et du Secrétariat général du Groupe ACP d’explorer pour fin octobre 2008, les modalités d’organisation d’une rencontre de haut niveau entre les ACP et l’Union européenne.
Le Conseil des ministres ACP a été mandaté pour poursuivre les réflexions en vue de la création d’une zone de libre échange pour l’ensemble des pays ACP.
Les organisations de la société civile présentent à ce sommet continuent de dénoncer ces accords et maintiennent la pression sur les Etats. Pour rallier Accra, la société civile ouest Africaine a organisé une caravane de sensibilisation et d’évaluation de la mise en œuvre des protocoles de la CEDEAO relatifs à la libre circulation des personnes et des biens. La caravane est parti de Niamey (Niger) pour terminer à Accra (Ghana) en passant par Cotonou (Bénin) et Lomé (Togo). A l’arrivée elle a noté que :
- les citoyens ignorent les protocoles relatifs à la libre circulation des biens et des personnes et pensent que l’intégration régionale est un vain mot. Ils souffrent de harcèlements et de mépris de la part des éléments de la police. La corruption est érigée en règle de fonctionnement et au su et au vu de tout le monde
- Les transporteurs, en dépit d’une multitude d’accords bilatéraux conclus entre les quinze Etats membres de la CEDEAO, souffrent des traitements peu décents de la part des douaniers
- La plupart des policiers, douaniers et gendarmes méconnaissent les traités de la CEDEAO et privilégient leur législation locale
C’est pour ces raisons, entre autres, que la société civile de l’Afrique de l’Ouest a jugé que « l’Afrique de l’Ouest n’est pas prête et ne sera pas prête en juin 2009 ». tous les indicateurs de l’état de préparation de la région qui ont justifié la non signature de l’APE le 31 décembre 2007 demeurent intacts. « L’Afrique de l’ouest est encore dans une situation de déficit de capacité et sans combler ces insuffisances, il ne sert à rien de se précipiter dans une aventure ». Elle a dénoncé la grande ambition de l’UE qui veut obtenir une OMC plus avec l’APE. Ainsi, la société civile exige l’exclusion de l’investissement et des questions dites de Singapour, des négociations d’accords commerciaux. A l’idée que la libéralisation et l’ouverture pourraient attirer les investissements, le Coordonnateur de la Plate-forme ouest - africaine pour le suivi de l’Accord de Cotonou, Cheikh Tidiane Dièye de l’ONG Enda Tiers Monde, estime que « les pays comme la Chine, qui ont attiré le plus l’investissement dans le monde, n’ont pas eu nécessairement recours à des législations laxistes en matière d’investissement ». Et ce qui est regrettable selon M. Dièye est que : « l’Union européenne est en train d’utiliser les services pour faire passer la pilule de l’investissement ».
Reste maintenant la question de savoir ce qui adviendra en juin 2009 : « signer dans la précipitation un accord commercial peu satisfaisant pour sauvegarder l’intégration régionale avec la Côte d’Ivoire et le Ghana ou ne pas signer un accord commercial avec l’Uion européenne et poursuivre la consolidation de l’intégration régionale sans la Côte d’ivoire et le Ghana ».
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