Passerelles • Volume 9 • Numéro 4 • Septembre 2008
La Nouvelle Commissaire au commerce de l’UE peut – elle relever le défi.
La formule magique pour sauver les négociations à l’OMC n’a pas encore été trouvée. Les efforts du DG de l’OMC et la volonté de certains pays à terminer le cycle de Doha n’y ont rien fait. Les divergences entres grandes puissances sont toujours visibles et les pays en développement ne se retrouvent toujours pas dans les schéma proposés pourtant le temps n’attend pas. Le changement à la tête des commissariat européen au commerce pourrait - elle être comme l’événement déclencheur vers une conclusion de Doha.
L’ancien commissaire Européen au commerce le britannique Peter Mandelson avait annoncé le 3 octobre à Bruxelles, à la surprise générale, son intention de rejoindre le gouvernement britannique pour reprendre le poste de ministre du Commerce et des entreprises. Il a été remplacé par sa compatriote la baronne Catherine Ashton of Upholland, membre travailliste de la Chambre des Lords. Aussitôt après que le choix fut porté sur elle promettait en mi octobre de sauver le cycle de négociation.
La question est de savoir si elle y parviendra ?
Nombre d’observateurs considèrent que le moment n’est pas propice pour conclure Doha du fait des élections américaines et de la crise financière. La nouvelle administration américaine qui serait mise en place après les élections serait - elle intéressées par un accord immédiat de Doha malgré les nombreuses assurances qu’avaient données les officielles américains ?
Mais, certains doutes des compétences de la nouvelle Commissaire dans le domaine des négociations commerciales. Plusieurs eurodéputés ont relevé le fait que Mme Ashton n’est pas aussi qualifiée que son prédécesseur par rapport aux négociations sur le commerce. Nigel Farage, un eurodéputé britannique eurosceptique, a critiqué sa nomination au poste de commissaire au Commerce, estimant qu’en tant qu’ancienne sous-secrétaire à l’Education, elle ne disposait pas de l’expérience nécessaire. Le contexte ne s’y prête pas « ce n’est pas le moment d’engager une novice, nous avons besoin d’un gros calibre ».
Quant au Parti socialiste Européen satisfait de la nomination de Mme Ashton, salue notamment son engagement contre la pauvreté et en faveur de l’amélioration des conditions de vie et des relations de l’UE avec les pays en développement. Il considère que l’approche de la baronne Ashton donnera un visage humain à la politique commerciale.
Mandelson constituait- il un blocage à la bonne marche des négociation ?
Aussi bien au nord comme au sud, le bilan de Mandelson est apprécié différemment. Certains se réjouissent du départ de Mandelson qui selon beaucoup d’acteurs de la société civile n’était pas parvenu à garantir le fait que les relations commerciales de l’UE avec ses anciennes colonies privilégient le développement par rapport aux intérêts personnels, c’est le point de vue de Luis Morago, directeur du bureau bruxellois d’Oxfam.
Les quatre années passées à la tête de la Commission par Peter Mandelson, Commissaire européen au commerce, fervent défenseur du libre-échange, ont été marquées par une grande ambition, un plaidoyer acharné en faveur d’un accord commercial mondial et plus d’une querelle politique.
Peu après avoir pris le poste, Mandelson est devenu une figure clé dans un combat de longue date sur les tarifs européens appliqués aux importations chinoises de textiles, connu dans la presse britannique sous le nom de ‘guerre des soutiens-gorge’. Même au sein de l’UE des 27, le plus grand bloc commercial du monde, Mandelson a souvent lutté pour équilibrer les points de vue divergents sur le commerce. En effet, il s’est fait un ennemi du Président français, Nicolas Sarkozy, qui au début de l’année, estimait que les fortes pressions exercées par Mandelson en faveur d’un accord commercial mondial avaient incité les électeurs irlandais à rejeter le Traité de Lisbonne lors d’un référendum national. La France, rejointe par des pays du Sud de l’UE tels que la Grèce et l’Italie, a fréquemment fait valoir que le régime plus libéral recherché par Mandelson mettrait en danger les moyens d’existence des agriculteurs européens.
De nombreuses ONG basées dans l’UE ont également critiqué l’approche de Mandelson, en particulier en ce qui concerne l’impact que son agenda d’une plus grande libéralisation des échanges aurait sur les pays en développement.
« Le mandat de Mandelson en tant que Commissaire européen au commerce laisse un goût amer, » a déclaré Charly Poppe, militant sur le commerce à Friends of the Earth Europe. « L’agenda de Mandelson a échoué pratiquement sur toutes les points, et là où il y a eu des réussites, cela s’est fait au détriment de l’environnement et des pays pauvres. »
Toutefois, Mandelson a gagné le respect de ses collègues à l’OMC en raison de sa ténacité et de sa ferme détermination à se battre pour un accord commercial mondial. « Je pense qu’il est très efficace, il a apporté une bonne contribution, » a déclaré un responsable du commerce d’un pays en développement. « Nous avons perdu un bon membre de l’équipe. »
La stratégies de Mme Ashton
Pour débloquer les négociations, Mme Asthon envisageait de rendre visite au directeur général de l’OMC Pascal Lamy à Genève pour lui garantir que l’UE s’engage à faire des négociations sur le commerce lors du cycle de Doha une réussite.
Pleine d’optimisme, elle rejette de prime abord l’idée d’un échec des négociations de Doha ; elle « pense qu’elles sont bloquées », dès lors, il est très important de mettre tout en oeuvre pour les remettre sur les rails. Avec la crise économique actuelle, le défi du commerce mondial est plus urgent que jamais. C’est le moment selon elle de « redoubler d’efforts » et d’ « examiner la manière dont de remettre les négociations sur le bon chemin ».
Elle semble reprendre le premier ministre anglais Gordon Brown qui incitait à conclure le cycle de Doha pour surmonter la crise financière.
Elle évacue la question de ” renégocier la structure” de l’OMC, car “cela prend beaucoup de temps” a t- elle estimé avant d’ajouter que “nous devons faire en sorte de faire fonctionner les structures existantes à notre avantage”.
Contrairement à son prédécesseur, Mme Ashton semble être aussi sur le même tempo que le président français Nicolas Sarkozy qui veut que l’Europe “protège” ses citoyens face à la mondialisation économique. Une telle position n’est pas partagée par plusieurs personnes qui pensent que cela ressemblerait à un retour du protectionnisme.
Elle balai ces inquiétudes et a tenté d’éclaircir la pensée de Sarkozy en soutenant que “M. Sarkozy a décrit l’importance des valeurs de l’Union européenne en matière de protection de ses citoyens”, alors que « le protectionnisme est quelque chose de différent ». Et je ne pense pas que M. Sarkozy faisait référence au protectionnisme”
Le poids lourd que constitue les Etats-Unis
Les Etats-Unis ont un rôle important à jouer, a reconnu Mme Ashton. Est-ce qu’ils sont disposé à conclure un accord pendant qu’ils sont en période électorale ?
L’administration Bush avait donné dès le début 2008 sa volonté de conclure Doha avant la fin de son mandat ce qui ne se réalisera pas. La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice déclaré récemment que “La conclusion avec succès du cycle de Doha va envoyer un signal fort selon lequel la réponse mondiale [à la crise] va être fondamentalement différente que par le passé”. La crise est « une possibilité de relancer et de conclure le cycle de Doha pour le développement d’un système d’échanges commerciaux ouvert et mondial”, a-t-elle ajouté.
Mais vu la stagnation des négociations, les divergences sur les mesures de sauvegarde spéciales, l’on se demande quel est la valeur de cet engagement.
Rappelons que Peter Mandelson l’ancien commissaire européen au commerce déclarait en septembre qu’”une nouvelle administration américaine démocrate et un Congres démocrate seraient moins enclins à rejeter un accord multilatéral, mais ces derniers pourraient être plus critiques sur des accords bilatéraux hérités de l’administration précédente”.
« La dynamique américaine » reste alors une énigme quant à la conclusion de Doha.