Passerelles Synthèse • Volume 10 • Numéro 3 • Fevrier 2009
Crise Mondiale :”Dessiner le monde de l’après-crise” Libre échange ou protectionnisme ?
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Les 2500 décideurs mondiaux réunis dans le cadre du Forum économique de Davos, les 100.000 participants au Forum social mondial de Bélem, l’optimisme des dirigeants du commerce mondial quant à une résolution de la crise par la conclusion de Doha n’ont pas convaincu les différents Etats que le repli sur soi ne règle pas la crise. Les inquiétudes soulevées par certains dirigeants des institutions internationales dont le DG de l’OMC, il y’a plus d’un an, se précisent de plus en plus. Les ministres du Commerce d’une vingtaine de pays réunis au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, ont affirmé d’une seule voix que « la plus haute priorité » en 2009 était de conclure un accord sur la libéralisation du commerce mondial avec la finalisation du cycle de Doha, pour contrer la mise en place par certains pays de mesures économiques protectionnistes.
Les grandes puissances indexées
Les dirigeants politiques exhortent l’administration américaine de ne pas succomber à la tentation d’élever ses barrières tarifaires. D’ailleurs, au cours des derniers jours, la décision des États-Unis d’acheter exclusivement de l’acier aux sidérurgies américaines dans le cadre de projets d’infrastructure financés par le plan de relance de 787 milliards de dollars de Barack Obama a inquiété le Canada. Cette décision risque de faire perdre des revenus importants aux sidérurgies canadiennes et menace de nombreux emplois.
Les pays émergents sont sans doute les plus virulents, au regard des efforts énormes qu’ils ont dû fournir pour ouvrir leur marché. L’Inde, patrie du numéro 1 mondial de l’acier, Mittal Steel, par la voix de son ministre du Commerce, Kamal Nath, présent au Forum, a parlé de mesure égoïste. Le président mexicain, Felipe Calderon, a appelé les autres Etats à faire barrage à cette idée de protectionnisme.
La Chine et la Russie, invitées à Davos, avaient rejeté toute idée d’isolationnisme. Selon le premier ministre chinois Wen Jiabao : “le protectionnisme ne sert aucune cause et ne peut qu’empirer et prolonger la crise“. Vladimir Poutine quant à lui a exhorté à éviter le protectionnisme excessif et l’ingérence de l’Etat dans l’économie, ainsi que le déficit budgétaire excédentaire et la croissance de la dette de l’Etat. “En effet, le renforcement de son rôle (du rôle de l’Etat) dans le contexte de la crise est une réaction naturelle face aux échecs de la régulation de marché, mais au lieu de perfectionner ces mécanismes, la tentation pourrait être forte d’élargir au maximum la participation directe de l’Etat dans l’économie” a-t-il déclaré. Quant à la France, elle a adopté une position plus nuancée. La ministre française de l’Economie, Christine Lagarde, également présente, a laissé entendre que cette mesure américaine sur l’acier, si elle était limitée dans le temps et encadrée, pourrait être acceptable avant de poursuivre pour dire que : “la situation actuelle comporte deux risques majeurs: des troubles sociaux et le protectionnisme“, a déclaré la ministre. Ces deux risques sont alimentés par “la chute de la croissance économique et par le fait que les Etats doivent engager l’argent des contribuables” dans les plans de relance et de sauvetage, a-t-elle expliqué en souhaitant que la réunion du G20 le 2 avril prochain à Londres donnera “un signal extrêmement fort” pour “restaurer la confiance” dans le système financier.
La coopération entre les plus grandes puissances et les institutions financières mondiales est cruciale pour garantir un flux continu de crédit aux pays moins grands en voie de développement, qui pourraient devenir les victimes à souffrir le plus de la récession, a affirmé Gordon Brown lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial 2009. “Il y a un protectionnisme implicite dans ce qui se produit aujourd’hui“, a-t-il martelé, faisant référence aux mesures prises par plusieurs pays pour verser les fonds gouvernementaux aux institutions financières nationales et pour interdire aux opérations étrangères de faire des bénéfices. Mr Brown a aussi lancé un appel à la création d’une institution chargée de superviser l’ensemble de la finance internationale, tandis que la chancelière allemande, Angela Merkel a plaidé pour une plus forte régulation de l’économie mondiale et propose la création d’un Conseil économique des Nations unies, copié sur le modèle du Conseil de sécurité.
Au moment où sont décriés le protectionnisme et l’excès d’interventionnisme de l’Etat, le premier ministre japonais, Taro Aso a annoncé à Davos que son pays consacrera au moins 20 milliards de dollars à l’aide au développement d’autres pays d’Asie, pour les aider à affronter la crise économique. Son porte-parole indique que cette aide servira à bâtir des infrastructures en vue de stimuler la demande intérieure dans la région Asie-Pacifique. Le Japon a déjà décidé de dépenser 1000 milliards de dollars pour stimuler sa propre économie.
Les Etats-Unis sont bien conscients qu’ils ont jeté un nouveau pavé dans la mare, en incluant dans leur plan de sauvetage cette mesure ostensiblement protectionniste sur l’acier et le fer, au risque d’ouvrir les vannes alors que jusqu’à présent chacun tentait de garder le sens des proportions. D’ailleurs, Bruxelles a déjà prévenu que si la loi était adoptée en l’état par le Congrès, elle ne pourrait “rester les bras croisés“, sous entendant qu’elle porterait l’affaire à l’organisation mondiale du commerce.
Le directeur de l’OMC Pascal Lamy a reconnu à Davos avoir « détecté plusieurs points rouges sur (ses) écrans » de surveillance des politiques commerciales. Expliquant : les dirigeants « subissent une pression politique intérieure. Ce qu’ils entendent chez eux, c’est que le commerce doit être jeté aux toilettes ». « C’est une source d’inquiétude pour eux comme pour moi », a-t-il ajouté.
L’ouverture pour contrer la crise
Pour les ministres du Commerce, le seul Graal du libre-échange reste la conclusion des accords de Doha devant libérer significativement les frontières commerciales : « Le commerce n’est pas une part du problème, c’est une part de la solution » à la crise, ont-ils martelé en cœur. Pour lutter contre ce mouvement considéré comme contre-productif à long terme, la vingtaine de ministres « sont tombés d’accord pour renforcer les contrôles » des politiques commerciales des 153 pays membres de l’OMC, a indiqué le ministre coréen du Commerce Kim Jong-hoon. Mr Lamy a aussi ajouté que « Nous devons rester vigilants », car le virage protectionniste américain, s’il est confirmé, risque d’être également lourd de conséquences pour le gendarme du commerce où les guerres commerciales vont se multiplier et pourrait jeter un sort au laborieux cycle de Doha devant encore libérer les échanges commerciaux et dont les négociations patinent depuis plus de 7 ans.
Prenant acte, la Suisse, organisatrice de la rencontre, a proposé une réunion ministérielle à l’OMC avant le grand rendez-vous des vingt premières économies mondiales (G20) début avril à Londres. L’idée est, selon elle, que le cycle de Doha soit intégré à l’agenda des discussions sur la relance économique mondiale.
Un nouvel état global des politiques commerciales en mi- mars
L’Organisation mondiale du commerce (OMC) a aussi annoncé qu’elle va publier mi-mars un nouvel état global des politiques commerciales de ses pays membres. Le rapport doit faire “un état des changements en matière de politiques commerciales afin de voir si la température du protectionnisme a augmenté“, a expliqué son auteur, Richard Eglin. Alors que les mises en garde contre le protectionnisme se multiplient dans les capitales du monde entier, le premier rapport de l’OMC établit que les membres de l’OMC “ont réussi à contrôler les pressions intérieures protectionnistes“. ”La situation est globalement sous contrôle“, a répété M. Lamy. Mais “nous ne sommes qu’à la première étape des réponses à la récession économique mondiale“. Plusieurs pays émergents, dont le Brésil, la Bolivie et l’Inde, se sont inquiétés durant leur rencontre avec M. Lamy des effets de “distorsions” des plans de sauvetage économiques occidentaux atteignant des montants faramineux. Ils ont réclamé que ces plans soient étudiés de plus près dans le prochain rapport. Dénoncé par certains pays, ce “monitoring” de l’OMC reste toutefois très neutre, ne faisant qu’énumérer les changements de politiques commerciales sans jugement de valeur. “L’idée est celle d’une surveillance collective” qui est un bon moyen de pression, explique une source diplomatique proche de l’OMC.
Note Enda
One response to “Crise Mondiale :”Dessiner le monde de l’après-crise” Libre échange ou protectionnisme ?”
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Dans ces jeux de “puissance” G 20..,pays en transition…,plan de sauvetage..protectionnisme..j’en passe
Quelle place resrve-t-on à nos pays PMA et PED ?
Quel avenir peut-on déssiner pour Doha?
Si Doha n’est pas conclut,la crise ne va-t-elle pas être plus destructrice?
lA crainte du protectionnisme qui a été a été à l’origine du démarrage des négociations qui ont abouti à l’Accord de marrakesh,ce protectionnisme ne ménacet-il pas l’OMC?