Passerelles SynthèseVolume 10Numéro 5 • 27 Avril 2009

G8 de l’agriculture: Une première rencontre timorée


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Signe de l’impact que les émeutes de la faim de 2008 ont eu sur les décideurs politiques, le premier sommet du G8 de l’agriculture a été organisé du 18 au 20 Avril 2009 en Italie. A défaut d’arrêter des décisions concrètes pour prévenir une nouvelle flambée des prix des denrées alimentaires, les membres du G8 (Etats-Unis, Russie, Allemagne, Japon, France, Canada, Grande-Bretagne et Italie) ont posé les bases d’une action concertée sur cette question qui doit se prolonger en juillet prochain en Sardaigne, mais tout reste à faire.

En prélude à cette rencontre des ministres du G8 s’est tenue le 17 Avril à Pieve di Soligo (Trévise - Italie) la Conférence agricole du G 14, organisée par la Fédération Internationale des Producteurs Agricoles (FIPA) et la Confédération italienne des agriculteurs (CIA).

Position du G14 : Ramener les agriculteurs au cœur du développement durable

« Si nous voulons relever le défi de doubler la production alimentaire mondiale d’ici à 2050 », a déclaré Elisabeth Gauffin, vice-présidente de la FIPA, « il est capital d’investir davantage dans la productivité agricole des pays en développement, et de ramener les agriculteurs au cœur des décisions concernant les politiques agricoles. »

Giuseppe Politi, président de la CIA et de la Conférence agricole du G 14, a réclamé des mesures qui permettraient à l’agriculture des pays en développement de mieux résister aux perturbations telles que les changements climatiques et la volatilité des marchés, et qui consisteraient à construire des infrastructures rurales, à créer des marchés et à investir dans des services pour soutenir l’agriculture familiale.

Les organisations agricoles du G 14 dresseront un plan d’action qui intégrera des perspectives communes aux fins de prendre des mesures d’urgence face à la crise alimentaire, de lutter contre la spéculation dans le secteur agricole, d’encourager des investissements bien ciblés et gérés par les agriculteurs, ainsi que l’aide aux économies en développement, et d’améliorer la productivité agricole et la chaîne alimentaire.

La contribution qui découlera de cette rencontre mixte de la FIPA et de la CIA intéressera non seulement les ministres de l’Agriculture des « huit grands », mais constituera également un apport crucial à la réunion du G 8 qui aura lieu en juillet prochain à Magdalene (Italie), et attirera l’attention du monde entier sur les problèmes urgents auxquels font face les agriculteurs à l’échelle planétaire.

Entre pauvreté, crise alimentaire et économique

Plus d’un milliard de personnes dans le monde en proie à la famine voit s’amenuiser l’espoir de  manger à satiété, suite au retrait des bailleurs traditionnels,  qui ont transféré leurs fonds pour la reprise économique dans leur pays.

Les efforts internationaux pour répondre à ce fléau s’avèrent  moins efficaces en raison de la faible coordination entre les  gouvernements du monde, ont reconnu les ministres de l’Agriculture du G8 à propos de la crise alimentaire.

Le monde est loin de parvenir aux Objectifs du millénaire de  l’ONU de réduire de moitié la population de mal-nourris sur toute  la planète avant 2015, ont déploré les ministres, appelant à des  efforts immédiats pour trouver des solutions à ce grand défi et  contribuer au développement durable de la production agricole.

Les ministres ont dénoncé le protectionnisme dans l’agriculture, qui dénature le commerce et menace la production agricole dans les pays en développement, vitale pour le bien-être de quelque deux  milliards de pauvres dans le monde.

“Nous insistons sur l’importance d’un système réglementé  d’échanges commerciaux international pour le commerce agricole… Nous souhaitons soutenir le rôle des marchés fonctionnant bien  comme un moyen afin d’améliorer la sécurité alimentaire”, ont  indiqué les ministres dans leur déclaration finale.

Pourtant, ils ne sont pas parvenus à s’accorder sur les mesures afin de réduire les barrières commerciales, suite aux différends  existant au sein du monde développé.

Perspectives : Entre optimisme et inquiétude

Satisfaite, la délégation française a souligné “l’importance de réunir tous ces pays dans un sommet au cours duquel les participants ont pu parler franchement, même s’ils ne se sont pas entendus sur tout.”

Pour répondre à l’augmentation de la demande mondiale, les ministres se sont accordés sur l’obligation d’”accroître la quantité (…) de la production agricole” et “l’importance de l’augmentation de l’investissement public et privé”, sans toutefois déterminer d’objectifs précis.

L’idée de mise en place d’un système de “stockage des denrées alimentaires”, pour répondre à des situations d’urgence humanitaire et accroître le contrôle de la volatilité des prix, a été évoquée. Mais  c’est en priorité sur la nécessité d’une surveillance et d’une analyse accrue du marché et des besoins des populations que les acteurs du sommet sont tombés d’accord.

Un constat qui fait écho au projet de “partenariat mondial” sur lequel les pays du G8 se sont entendus en juillet 2008 et qui, outre la mise en place d’un forum élargi de discussion sur les questions d’alimentation et d’agriculture, entend mettre sur pied un réseau d’experts chargés d’optimiser les connaissances dans le domaine de la répartition des ressources alimentaires.

Autre point abordé lors de ce sommet, la question épineuse de l’acquisition, par des pays étrangers, de terres arables dans d’autres pays afin de se garantir des récoltes que leurs sols ne peuvent fournir. Dans ce domaine, où une réglementation paraît difficile, les réflexions du G8 ont porté sur la possibilité d’élaborer un code de conduite.

Pour Oxfam international, l’association qui lutte contre la pauvreté dans le monde, les ministres “ont laissé passer l’occasion de réguler davantage les marchés agricoles internationaux et d’enfin investir les sommes promises en faveur des agricultures familiales dans les pays du Sud”.

Rendez-vous donc, tout d’abord du 21 au 23 mai pour les ministres du développement du G8, puis du 8 au 10 juillet à La Maddalena en Sardaigne pour le prochain sommet rassemblant les ministres de l’agriculture, avant un possible sommet mondial sur la faim que le directeur de la FAO, Jacques Diouf, souhaiterait voir être organisé avant la fin de l’année.

Sources : Note Enda, Xinhua, AFP et Metrofrance.

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