Passerelles SynthèseVolume 11Numéro 1 • Janvier 2010

Un dédommagement de la Commission Européenne pour combler le manque à gagner des ACP que pourrait engendrer l’accord sur la banane.


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L’un des plus anciens contentieux du commerce international vient de connaître un épilogue. Cette guerre qui a duré plusieurs années et qui mettait aux prises l’UE et les principaux pays producteurs de l’Amérique Latine et d’Asie a fait l’objet d’un accord entre les parties.

En marge de la Conférence ministérielle de l’OMC, les prémisses d’un accord se dessinaient. En effet à la suite de discussions intenses entre les pays concernés, un accord fût trouvé.  Avant même la fin de la conférence, des diplomates déclaraient que “tout le monde est finalement prêt et l’accord devrait être soumis à signature..

Cet accord signé le 15 décembre à Genève met un terme à une guerre qui dure depuis 1991. Ainsi, il est mis fin aux réclamations portées par les pays exportateurs de banane d’Amérique latine contre le régime préférentiel accordé aux producteurs des pays ACP (Afrique, Caraïbe et Pacifique). L’Union européenne s’engage à réduire les tarifs douaniers appliqués aux importations de bananes des pays hors-ACP, de 176 dollars la tonne (120 euros) à 148 dollars dans un premier temps, puis 114 dollars en 2016. En contrepartie, les producteurs latino-américains acceptent d’abandonner leur recours devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Les pays ACP les plus pauvres, pour l’essentiel d’anciennes colonies européennes, recevront environ 200 millions d’euros à titre de compensation, précise-t-on de source diplomatique.
L’accord est censé conduire à une baisse des prix des bananes sur les étals en accentuant la concurrence entre producteurs. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a salué cet accord en estimant qu’il pourrait “stimuler” le système commercial international. Il devrait en outre rapidement permettre au consommateur européen de payer moins cher son kilo de bananes.

Les préférences des ACP remises en cause…

Avec l’introduction du marché unique européen en 1993, Bruxelles avait mis en place un régime préférentiel pour les importations de bananes en provenance des pays d’Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP), permettant à ces derniers - pour la plupart d’anciennes colonies européennes - d’accéder au marché européen sans droits de douane. S’en sont suivies de nombreuses plaintes des pays latino-américains, avec plusieurs condamnations de l’Union européenne à la clef. Aujourd’hui le compromis décroché prévoit un abaissement progressif des droits de douane sur les “bananes-dollars” : de 176 euros la tonne actuellement, ils passeront à 114 euros la tonne d’ici à 2017, avec un premier palier de 148 euros, attendu sous peu. En échange… les Etats-Unis dont les trois multinationales Chiquita, Dole et Del Monte contrôlent quasiment 100% de la production bananière latino-américaine, “ont accepté de mettre fin à leur conflit avec l’Union européenne“.

…. Pour 200 millions d’euros de dédommagement

Cette remise en cause des préférences commerciales dont bénéficiaient les ACP est très inquiétante, elle pourrait présenter des conséquences néfastes au niveau de la production et de l’accès au marché. «La pilule est amère pour les pays ACP ». Pour combler ce manque à gagner, la Commission européenne prévoit de les dédommager avec une enveloppe de 200 millions d’euros à la place des 500 millions demandés par les ACP. Cette enveloppe devrait servir à une capacitation de ses producteurs pour faire face à la concurrence. Eux qui exportent un peu plus de 900.000 tonnes de bananes vers l’Union européenne chaque année vont devoir faire face à des organisations surpuissantes qui exportent sur le Vieux continent près de 4 millions de tonnes. Parmi eux, les plus petits pays producteurs comme la Jamaïque ou le Surinam pourraient voir leur production bananière purement et simplement disparaître, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, et peut être le Ghana, se maintenant avec difficultés.

En tout état de cause, la concurrence risque d’être lourde. Et le manque à gagner serait certainement plus énorme qu’on ne le mesure maintenant parce que les coups de productions sont fortement différents. Et le niveau des salaires est illustratif à en croire le représentant des planteurs antillais Eric de Lucy qui souligne que “Les salaires que nous versons sont 15 à 18 fois supérieurs à ceux qui sont versés en Amérique latine par les entreprises américaines. Un ouvrier martiniquais est rémunéré environ 100 dollars par jour (70 euros), un ouvrier équatorien 100 dollars par mois“. “Pascal Lamy a clairement donné des avantages excessifs aux pays qui pratiquent de bas salaires et des conditions sociales et environnementales très discutables… Le marché européen de la banane, le premier du monde, a été juste remis entre les mains des entreprises américaines !” accuse - t - il. Loin de se lasser et de s’avouer impuissant, les producteurs européens, comptent maintenant ouvrir des discussions pour exiger … des compensations financières.

Chiquita, Dole et Del Monte représentent 100% du marché nord-américain (5 millions de tonnes), 100% du marché russe (1 million de tonnes) et 80% du marché européen (6 millions de tonnes). Dans les colonnes du Wall Street Journal, un représentant de Chiquita expliquait que chaque baisse de 10 euros des droits de douanes européens pourrait rapporter 112 millions de dollars à l’entreprise.

Sources : Source Les Echos, note ENDA

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