Eclairage • Volume 7 • Numéro 8 • Octobre 2008
Une ʻRévolution verteʼ pour l’Afrique
by Mariann Fischer Boel et Louis Michel (1)
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Un tas de pneus brûle au milieu d’un chemin de terre. Une fumée grasse et épaisse s’élève au-dessus d’une ville africaine délabrée. Une foule en colère tend le poing vers le ciel. Nombre de révolutions se sont déjà produites en Afrique, mais aujourd’hui c’est différent.
Cette scène s’est répétée dans de nombreux pays en développement en Afrique et ailleurs au cours des derniers mois lorsque la population s’est trouvée soudainement dans l’impossibilité d’acheter les aliments les plus ordinaires tels que du pain ou un bol de riz.
Les récentes augmentations des prix des denrées alimentaires ont durement frappé les populations des pays en développement. La pauvreté s’est aggravée pour des centaines de millions de personnes en dépit des promesses globales qui ont été faites pour régler ce problème dans le cadre des objectifs du millénaire pour le développement.
Une révolution doit se produire en Afrique. Cette fois-ci pas dans la rue mais dans les champs. Une « révolution verte » pour l’Afrique peut jouer un rôle fondamental dans la résolution de la crise actuelle des prix alimentaires.
La Commission européenne propose ainsi de créer une facilité spéciale d’un montant d’un milliard d’euros pour aider les agriculteurs des pays en développement à augmenter leur production. Cet apport financier exceptionnel permettra notamment aux agriculteurs de disposer de semences et de fertilisants en plus grande quantité et de meilleure qualité.
Nos objectifs de financement sont clairs : favoriser l’augmentation de la production agricole et la sécurité alimentaire dans les pays bénéfi ciaires ; diminuer les taux de malnutrition et contribuer à réduire l’infl ation du prix des denrées alimentaires. Nous allons coopérer en priorité avec les organisations internationales pour s’assurer que notre action prenne effet rapidement et effi cacement.
Cette facilité de financement a essentiellement pour but de faire en sorte que les agriculteurs des pays en développement disposent des outils qui leur sont nécessaires pour améliorer leurs récoltes – destinées à la consommation intérieure ou à l’exportation.
Il importe également de reconnaître que cette action a aussi une importance autre que monétaire.
Ce nouveau fonds représente une valeur fondamentale de l’Union européenne. C’est un exemple concret de solidarité entre l’Europe et les pays en développement. En raison de la hausse des prix alimentaires, l’Union européenne a dépensé moins que prévu pour les mesures de soutien au marché agricole, ce qui nous permet d’offrir cette facilité unique.
Nous pensons que l’actuelle crise des prix alimentaires peut être transformée en une opportunité pour les nations en développement. Si les agriculteurs de ces pays parviennent eux aussi à répondre à l’accroissement de la demande sur les marchés mondiaux, ils pourront profi ter de la hausse des prix. Les communautés rurales pourront commencer à sortir de la pauvreté et la vie de centaines de millions de personnes s’en trouvera améliorée.
Cette excellente initiative peut améliorer rapidement la qualité de vie dans les pays en développement. Dans notre monde interdépendant, la résolution de la crise alimentaire doit constituer l’une de nos priorités majeures et nous devons nous y attaquer ensemble.
Nous espérons que les États membres de l’Union européenne et le Parlement européen soutiendront cette initiative afi n que les crédits puissent être engagés d’ici la fi n de l’année et que le travail sur le terrain commence dès le début de l’année 2009.
La révolution peut être difficile à prédire de par sa nature même. Dans le cas présent, nous sommes heureux de pouvoir dire qu’une révolution se profi le à l’horizon de l’Afrique.
Glenys Kinnock, Co-présidente de l’Assemblée parlementaire conjointe ACP-UE a déclaré à Éclairage sur les négociations :
« La crise alimentaire mondiale est en train de détruire des économies et de briser des vies. Avec des hausses de prix allant jusqu’à 120% pour le blé et 75% pour le riz, les populations touchées par la pauvreté chronique à travers le monde – plusde 850 millions de personnes – se retrouvent face à une urgencehumanitaire d’une ampleur sans précédent. Le projet de laCommission européenne d’utiliser les fonds non dépensés del’ agriculture, d’un montant d’un milliard d’euros, pour aider les agriculteurs des pays en développement, est un grand pas dansla bonne direction. Toutefois, la Commission tente actuellementde diluer ces fonds. L’argent doit aller là où il fait cruellementdéfaut et où il sera absorbé de manière adéquate. Pourtant,cela seul ne sera pas suffi sant. L’aide ne devrait pas détournerl’attention du besoin urgent de réforme radicale des subventionsagricoles inéquitables. C’est une situation exceptionnelle quimérite une réponse exceptionnelle. Les gens meurent de faimet le monde nous observe. Il n’y a pas de temps à perdre. »
1. Mariann Fischer Boel, la Commissaire européenne à l’Agriculture et au Développement rural, et Louis Michel, le Commissaire au Développement et à l’Aide humanitaire
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