Eclairage • Volume 7 • Number 8 • October 2008
Signer ou ne pas signer ? Le dilemme des Caraïbes
by Sanoussi Bilal, ECDPM
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Au moment où les Membres du CARIFORUM s’apprêtent à signer un APE général avec l’Union européenne, deux pays, Haïti et Guyana, sont en train d’émettre des réserves de dernière minute. Haïti exprime son inquiétude concernant sa liste de libéralisation, les préférences régionales en faveur de la République dominicaine et la disponibilité de l’assistance sous forme d’aide. Guyana a des préoccupations encore plus fondamentales et a demandé à signer un accord ‘portant uniquement sur les marchandises’. Le Commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, a rejeté cette dernière option, en proposant à la place de procéder à la signature, récemment fi xée au 15 octobre 2008, avec la prise en compte de toute préoccupation en suspens dans le cadre du Conseil conjoint CARIFORUM-UE sur les APE, comme prévu par l’accord.
Sans préjuger du mérite des réserves émises par Guyana (partagées dans une certaine mesure par des pays tels que Grenada et St. Lucie, bien que ces deux pays se soient abstenus de menacer de rejeter l’accord), le moment choisi pour ce faire est regrettable. Les autorités de Guyana n’ont pas fait part de leur désaccord sur la position régionale durant les négociations, attendant plus de neuf mois après la conclusion des négociations sur un APE général, et la veille de sa signature offi cielle, pour indiquer leur désaccord fondamental. Il n’est guère surprenant que cette attitude ait suscité des réactions passionnées dans les deux camps ; en désaccord avec celle de ses partenaires régionaux et apparemment incompatible avec le processus d’intégration régionale du CARICOM, la position de Guyana est vivement saluée par les détracteurs des APE, dans les Caraïbes comme en Europe.
Au-delà du cas spécifi que de Guyana, qui découle peut-être de préoccupations nationales, la situation actuelle soulève quelques questions fondamentales pouvant directement intéresser les pays d’Afrique et du Pacifi que. Un élément clé est la nécessité pour chaque pays ACP, de rester activement engagé dans les négociations APE de sa région et de formuler ses préoccupations et ses désaccords possibles, dans les meilleurs délais, dans le processus de négociation, afi n d’infl uer sur la position régionale. Annuler un accord déjà convenu est généralement une tâche quasi impossible. Une seconde leçon est qu’un accord à taille unique peut ne pas être facile à réaliser, même au niveau régional. L’UE devrait être disposée à faire preuve de fl exibilité dans son approche, sans chercher à imposer des accords généraux aux pays qui préféreraient de simples accords de libre-échange. Si ceci peut être envisagé dans l’APE de l’Afrique australe ou du Pacifique, pourquoi pas dans d’autres régions telles que les Caraïbes ?
Anthony Peter Gonzales fournit une analyse très complète sur la décision du CARIFORUM de signer l’APE, et sur les réserves émises par Haïti et Guyana. Patrick Gomes aborde également cette question à travers l’examen de la requête de Guyana de signer un accord « sur les marchandises uniquement ». Les deux articles de ce numéro d’Eclairage apporte une analyse extrêmement utile sur les préoccupations et le point de vue de ces pays.
Éclairage sur les négociations souhaite vivement ouvrir ses colonnes à ce débat et attend vos réflexions et vos contributions.
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