EclairageVolume 8Numéro 3 • Mars 2009

L’agenda du G20 et le chemin à parcourir


Un point de vue de l’Afrique

by Un entretien d’Éclairage avec Alan Hirsch

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Les Ministres des finances et Présidents de banques centrales des 20 plus grandes économies du monde se réuniront le 2 avril 2009, à Londres, pour le Sommet du G20. A travers le globe, nombreux sont ceux qui considèrent cette réunion comme une occasion cruciale, pour les Chefs d’État économiques, de concevoir des stratégies financières qui empêcheront une crise financière internationale telle que celle des années 30. Le résultat qu’ils produiront aura des implications d’une importance incroyable à travers le monde, depuis les niveaux régionaux jusqu’aux niveaux locaux. Pour dégager le point de vue des pays en développement sur l’agenda du Sommet, la crise financière et le chemin à parcourir, Éclairage sur les négociations commerciales a discuté avec Mr Alan Hirsch, Directeur adjoint de la Coordination politique et des Services de conseils, à la Présidence de la République de l’Afrique du Sud.

Éclairage : Quelles préoccupations et priorités l’Afrique partage-t-elle avec les autres pays du G20 ?

Alan Hirsch : Je pense que les préoccupations et les priorités peuvent être divisées entre les questions à court et à long terme. La question à court terme fondamentale est : bien que n’étant généralement pas responsables de la crise financière internationale actuelle, les pays africains pourront être assez fortement affectés. Les exportations africaines, comme celles de tous les pays, sont en train d’enregistrer des baisses très fortes. Dans certains pays, au cours du dernier trimestre, les échanges ont déjà enregistré une baisse de 15 à 30%. Le grand problème est le point de savoir comment ils financeront la poursuite de leur croissance et soutiendront les programmes déjà en cours. Et comme de nombreux autres pays en développement, en particulier les petits pays en développement du G20, les pays africains n’ont généralement ni de très fortes réserves en devises, ni des excédents budgétaires importants. En outre, ils n’ont pas une forte capacité à attirer les emprunts pour financer leurs déficits dans ces périodes difficiles. La question fondamentale est donc de voir comment ils peuvent s’engager dans des politiques fiscales contracycliques pour soutenir le fonctionnement de leurs pays, maintenir sur la bonne voie les programmes qu’ils ont planifiés et compenser la baisse du commerce international.

Éclairage : Les pays, par exemple les pays d’Asie, pâtissent-ils de la même manière de la chute des exportations ? Pensezvous qu’ils suivront des politiques correctives similaires ?

AH : Certains pays asiatiques disposent de vastes réserves et d’une épargne intérieure assez significative. C’est donc probablement un peu plus facile pour eux. Manifestement un pays comme la Chine et certains des grands exportateurs traditionnels ont des moyens de soutien, alors que les pays africains ont généralement des défenses plus faibles. En outre, ils manquent de cotes financières solides et de marchés de capitaux intérieurs développés. Ainsi, à court terme, la question est probablement plus grave pour les pays africains. Je pense toutefois qu’il y a probablement un certain nombre de petits pays asiatiques et latino-américains qui sont dans le même bateau.

Les questions à long terme ont trait au type de rôle qu’ils ont dans la prise en compte de la crise. Par exemple, y a-t-il un Forum où une voix africaine peut effectivement être représentée ? Le G20 lui-même n’a de place que pour un seul pays africain – l’Afrique du Sud. Et officiellement, l’Afrique du Sud ne représente pas les autres pays africains, bien qu’elle fasse manifestement l’effort d’obtenir une sorte de mandat non officiel lors qu’elle se rend aux réunions du G20. Mais c’est une représentation minimale.

La question qui se pose donc est de savoir à quelle forme de représentation on peut avoir recours pour s’atteler à ces questions. Dans le court terme, est-il approprié pour le G20 d’inclure une représentation africaine plus large ou devrait-il y avoir une certaine formalisation dans la préparation en vue du G20, afin que l’Afrique du Sud soit en mesure d’obtenir une forme de mandat ? Et à long terme, comment transformer les instances internationales pour prendre en compte ces questions de manière plus efficace ?

Éclairage : La réforme des Institutions de Bretton Woods est à l’ordre du jour du Sommet du G20. Quel est l’impact probable de ces réformes sur l’Afrique ?

AH : L’impact probable devrait être positif. Il se pose, au sein des Institutions de Bretton Woods, deux sortes de questions de gouvernance ayant trait au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque mondiale. La première porte sur les structures. Afin de réactualiser les formes de représentation au sein des institutions, les pays en développement devront être représentés de manière plus substantielle. L’Afrique compte actuellement 50 pays qui se partagent deux sièges au conseil d’administration du FMI, et qui sont donc très sous-représentés par rapport à un certain nombre de pays européens, aux États-Unis et au Japon, qui ont leurs propres sièges. Pour ce qui est de la discussion actuelle, l’Afrique demande juste un siège supplémentaire.

L’autre question de gouvernance importante porte sur le mode de sélection du Directeur général du FMI et du Président de la Banque mondiale. Nous espérons que, dans l’avenir, ceux-ci et d’autres hauts responsables seront choisis essentiellement sur la base du mérite et qu’ils ne seraient pas tenus de représenter, dans le cas de la Banque mondiale, les États-Unis et dans le cas du FMI, les candidats européens. Nous espérons qu’ils viendront de fait de n’importe où dans le monde et que les pays en développement seraient également représentés.

Une autre question réellement cruciale qui se pose en ce qui concerne les Institutions de Bretton Woods est de savoir de quel type de fonds elles disposent pour les crédits. A court terme, le FMI occupe manifestement une place centrale et il est possible d’accroître ses quotas. Je pense que la proposition des États-Unis de tripler les fonds du FMI est bienvenue, et c’est le type de mesure que nous souhaiterions voir se réaliser. Et puis il y a la possibilité d’accroître l’émission de droits de tirages du FMI, ce qui serait également utile à court terme. La Banque mondiale a également un prêt à court terme sur le financement des échanges. C’est important pour les pays en développement où il y a un risque de tarissement des échanges en raison du déficit actuel de financement du commerce à l’échelle internationale. A plus long terme, avec l’évolution de la représentation dans ces institutions, nous espérons qu’elles orienteront les politiques de manière à être plus favorables aux besoins des pays africains.

Éclairage : Nous entendons parler des problèmes que l’Afrique va rencontrer dans cette crise. Pensez-vous qu’il y a des résultats positifs quelconques de la crise économique mondiale pour l’Afrique ?

AH : Je suppose que les seuls résultats positifs seraient les changements institutionnels qui doivent survenir à la suite de la crise actuelle. Je pense qu’il y a un large accord, en particulier entre pays en développement, sur le fait que ce serait un gâchis de ne rien faire d’autre, en réponse à cette crise, que de s’atteler aux questions de liquidités à court terme qui, bien sûr, sont très importantes, mais qui ne sont pas tout. Les pays en développement, en particulier les grands pays en développement, ne sont pas prêts à mettre des fonds supplémentaires dans les institutions financières internationales, à moins de voir un agenda de réforme très ferme. Je pense donc que l’impact positif serait une réforme constructive des institutions financières internationales.

Éclairage : Le taux de croissance projeté du FMI pour l’Afrique subsaharienne a récemment été révisé, passant de juste au-dessus de 5% à juste au-dessus de 3%, ce qui est préoccupant pour de nombreux pays africains. Quelles sources potentielles de croissance voyez-vous pour l’avenir, si le climat actuel persiste ?

AH : Les pays qui sont susceptibles de survivre dans la période actuelle sont ceux qui ont des marchés intérieurs et une épargne significatifs, et peut-être des taux d’intérêt qui peuvent être abaissés pour stimuler la croissance. S’il y a un grand nombre de pays africains en mesure de le faire, il y a beaucoup de pays, en Afrique, où le marché intérieur est assez restreint et donc où les baisses des taux d’intérêt sont relativement faibles. Ce que j’ai dit plus tôt concernant l’importance que revêtent les politiques fiscales contracycliques va être tout à fait crucial. Le soutien international sera également crucial pour appuyer tout type de croissance réalisé en Afrique au cours des dix à quinze dernières années.

Éclairage : Les ACP sont engagés dans la négociation des APE pour préserver l’accès au marché de l’UE, un marché d’exportation traditionnel pour la majeure partie du continent africain. Du point de vue sud-africain, les APE peuvent-ils avoir un impact positif sur les échanges au sein de la région et vers l’Europe ?

AH : Tout dépend de la façon dont les APE sont conçus. Pour l’Afrique australe, notre perception est qu’il y a un risque réel de voir l’intégration économique régionale sapée par les termes de l’APE. C’est une question d’une importance cruciale, en particulier actuellement, avec cette crise. Une des réponses que les pays africains peuvent apporter à cette crise est de renforcer les liens régionaux et d’accroître les échanges au sein de la région, mais peut-être que, dans une plus large mesure, des régions – et des régions relativement intégrées – vont être importantes pour permettre les flux de capitaux vers les petits pays africains ; ici, il est essentiel de forger des relations régionales solides avec les grands pays africains. Je pense donc que la principale préoccupation tant pour le commerce que pour les marchés de capitaux régionaux est de s’assurer que les APE ne sapent pas l’intégration régionale.

Éclairage : Pensez-vous que la crise actuelle donnera une certaine impulsion pour amener les pays à conclure les négociations commerciales multilatérales ?

AH : Probablement. Je ne peux en être absolument certain, mais je pense qu’il y a un mouvement visant à garantir la conclusion d’un ‘Doha Lite’ – pour reprendre la terminologie actuelle. De fortes préoccupations sont formulées concernant le fait qu’il y a un risque de protectionnisme dans le climat actuel et qu’un attachement au multilatéralisme était crucial. L’engagement le plus important peut-être envers les règles commerciales multilatérales, dans le climat actuel, va être de convenir que l’OMC, et peut-être d’autres institutions, surveilleront les performances des pays en termes de protectionnisme possible dans tous les marchés économiques, ainsi que dans les marchés de capitaux, peut-être même, dans les marchés du travail. Je pense que c’est le premier objectif et s’il y a un accord sur cela, il pourrait être plus facile de trouver un consensus sur un ‘Doha Lite’.

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