Eclairage • Volume 8 • Numéro 4 • Avril 2009
‘Tenir ses promesses’ en matière d’aide pour le commerce
Un entretien d’Éclairage avec Gareth Thomas, Ministre britannique du Commerce et du Développement
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Bien que l’initiative de l’Aide pour le Commerce (APC) ait été crée il y a plus de trois ans lors de la réunion ministérielle de Hong Kong de 2005, sa mise en œuvre s’est révélée difficile jusqu’à présent. Alors que des progrès ont eu lieu sur les définitions des catégories d’APC et que le suivi des bailleurs de fonds a augmenté, les pays ACP font régulièrement remarquer que les bénéfices concrets (de l’APC) doivent encore se matérialiser. Une conférence de haut niveau a rassemblé, du 6 au 7 avril 2009, des bailleurs de fonds et représentants de l’AfOA, la CAE et la SADC pour inaugurer l’initiative du couloir Nord-Sud, un projet pilote d’APC portant sur les infrastructures et la facilitation du commerce. Eclairage sur les négociations s’est entretenu avec Monsieur le Député Gareth Thomas, Ministre britannique du Commerce et du Développement pour recueillir son point de vue sur ce projet en particulier- le RoyaumeUni étant un des bailleurs de fonds principaux- et plus généralement sur les opportunités que l’APC présente.
Eclairage sur les négociations : L’aide pour le commerce (APC) a commencé à prendre de l’importance lors de la réunion ministérielle de l’OMC de Hong-Kong, fin 2005, avant le récent ralentissement qui affecte maintenant l’économie mondiale. Comment les donateurs tels que DFID (Ministère britannique pour le développement international) peuvent-ils s’assurer que leurs engagements à augmenter l’APC seront tenus, tout en maintenant également les dépenses en matière de développement dans d’autres domaines importants ?
Gareth Thomas : Le Royaume-Uni s’est formellement engagé à donner au moins 409 millions de livres sterlings par an d’aide pour le commerce d’ici à 2010 et nous sommes sur la bonne voie pour honorer nos promesses. Nous contribuons également à l’objectif de l’UE de donner deux milliards d’euros par an d’ici à 2010. Des statistiques récentes montrent que nous sommes également dans la bonne direction pour le respect de cet objectif. Je crois que la crise actuelle a montré l’importance de l’aide pour le commerce – tant pour couvrir les besoins à court terme tels que l’accès réduit aux financements commerciaux, que pour relever les défis structurels à long terme afin d’aider les pays à renforcer leur commerce et à rester compétitifs dans un monde de plus en plus mondialisé. Nous appelons et continuerons d’appeler à des objectifs toujours plus élevés en matière d’aide pour le commerce.
Eclairage : Dans le cadre de ses engagements en matière d’aide pour le commerce, DFID a lancé l’année dernière une stratégie dédiée à l’APC. Quelles sont les caractéristiques et opportunités principales de cette nouvelle approche, et en quoi est-elle différente des efforts précédents visant à augmenter le commerce des pays en développement ?
GT : Nous avons lancé notre première stratégie d’aide pour le commerce fin 2008. Elle définit la manière dont nous mettrons en place nos plans ambitieux et nos ressources majorées en matière d’aide pour le commerce, aux niveaux national, régional et international. La nouveauté est la place centrale accordée au commerce à travers les programmes et activités de DFID, qui engendre un soutien plus concret à l’agenda de croissance et de commerce des pays cibles de DFID. Nous intensifierons également de manière significative notre soutien aux programmes régionaux, y compris notre soutien aux Communautés économiques régionales d’Afrique (CER) vers l’intégration régionale tel qu’avec le Couloir Nord-Sud (CNS), etc. La stratégie définit égalemencomment nous continuerons à jouer un rôle important dans la défense de l’aide pour le commerce, et à faire progresser le débat sur la scène internationale, tout en travaillant étroitemeavec des partenaires multilatéraux clés tels que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et la Commission européenne. Parexemple, nous sommes sur le point de fournir un soutien au nouveau Mécanisme de la Banque mondiale pour la facilitation du commerce qui aidera les pays à réduire le temps et le coût liés autransactions internationales de biens, et de soutenle Centre du commerce international (ITC) dans seefforts d’aide aux femmes commerçantes et de promotion de l’importance des femmes dans le commerce. Nous soutenons également la recherche, la réflexion et le développement de politiques centrées sur les liens entre commerce epauvreté, et sur la manière dont nous pouvons soutenir des programmes visant à aider les plus pauvres à réellement bénéficier des marchés plus ouverts.
Eclairage : Plus récemment, DFID ainsi que d’autres donateurs tels que la Commission européenne, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, ont donné un milliard de dollars américains pour un projet pilote d’aide pour le commerce, le Couloir Nord-Sud, en Afrique orientale et australe. Comment pensez-vous que cela contribuera à accroître le commerce et le développement dans la région, et quelles sont les leçons clés pour de futurs projets APC dans la région et ailleurs ?
GT : Ceci est le fruit d’un travail long et difficile. Pour la première fois, l’adhésion et le soutien politique absolument nécessaires (grâce à la présence de quatre présidents et de vingt-cinq ministres africains) ainsi que le financement (grâce à la présence de donateurs et d’agences clés et grâce à la collecte de plus d’un milliard de dollars américains) se sont rassemblés autour d’un besoin d’investissement commun : l’amélioration des conditions commerciales au niveau de l’une des voies commerciales d’Afrique les plus dynamiques. Le projet a adopté une approche régionale et s’est appuyé sur les CER concernées pour définir, gérer et faire avancer l’initiative. Il a permis de combiner à la fois les besoins d’investissement en infrastructures (réparation des routes) et les besoins liées aux réformes (concessions des chemins de fer, gestion des passages frontières, etc.). Le projet représente également une avancée dans notre manière de travailler en tant que donateurs ; sur la base d’un processus réellement mené par l’Afrique, les donateurs se sont mis d’accord pour adopter une approche régionale et offrir des solutions régionales. Nous espérons pouvoir soutenir d’autres CER afin que ce concept intéressant et prometteur soit répliqué dans d’autres régions et d’autres zones.
Le CNS offrira de très grandes opportunités commerciales en Afrique orientale et australe. Ce modèle extrêmement efficace débloquera les embouteillages présents sur les principales voies commerciales entre les huit pays africains grâce à un passage à la frontière plus rapide, à des chemins de fer modernisés et à de meilleures autoroutes. Si la modernisation des routes ne se produit pas, alors les voies du CNS se détérioreront petit à petit et deviendront impraticables d’ici 10 à 15 ans.
L’initiative cherche à financer la modernisation et la maintenance de 8 000 kilomètres de routes – l’équivalent de la distance par la route entre Paris et Pékin – et à réhabiliter 600 kilomètres de voies ferrées. Les temps de transport par la route entre Lusaka et Durban seront réduits de 10% après la réalisation de ces améliorations le long du CNS. Le temps de transit au poste frontière de Chirundu – entre le Zimbabwe et la Zambie – sera réduit d’au moins 20%. Le Couloir bénéficiera directement à huit pays : la Tanzanie, la RDC, la Zambie, le Malawi, le Botswana, le Zimbabwe, le Mozambique et l’Afrique du Sud.
Eclairage : En plus du projet pilote de Couloir Nord-Sud, quels autres projets ou programmes d’aide pour le commerce sont envisagés par DFID pour les pays ACP ? Comment le processus peut-il avancer, et comment les pays ACP peuvent-ils eux-mêmes tirer parti de la dynamique et maximiser l’effet de l’APC ?
GT : Le programme CNS fait partie de notre nouveau programme pour l’Afrique australe qui offrira de meilleures conditions pour le commerce, la croissance et l’intégration régionale en Afrique australe. Nous venons d’approuver un projet régional ambitieux de ce type pour l’Afrique orientale, centré sur l’Ouganda, la Tanzanie, le Kenya, le Rwanda et le Burundi. Nous sommes également en train de définir un programme similaire pour l’Afrique de l’Ouest. Bien que ces projets soient tous légèrement différents, leurs grands objectifs sont les mêmes : promouvoir l’intégration régionale et la croissance à travers le commerce grâce au développement des capacités des principaux organismes liés au commerce, des infrastructures régionales, des mesures de facilitation du commerce pour la promotion des exportations, etc. L’APC est un partenariat entre donateurs et pays partenaires. Les donateurs devraient fournir plus de ressources et donner plus de poids à l’APC dans leurs programmes. Mais les pays partenaires doivent aussi jouer le jeu et donner une place plus centrale au commerce dans leurs propres stratégies de développement. Le commerce est trop souvent négligé ou n’est pas considéré comme le moteur d’une stratégie efficace de croissance et de développement, et les ministres du commerce sont marginalisés. Plus les pays concentreront leurs efforts sur le commerce comme une des solutions au développement, plus ils pourront obtenir de soutien.
Eclairage : Comment les principes « d’appropriation » par les pays en développement sont-ils intégrés dans l’agenda APC, et pourquoi est-ce important ? L’APC fournit-elle également une opportunité de promouvoir une meilleure coordination entre les donateurs, ainsi que d’améliorer la qualité et la quantité de l’aide ?
GT : L’appropriation vient de la dimension ‘partenariat’, où le commerce a une place plus importante au sein des plans de développement nationaux. Le CNS est également un très bon exemple d’appropriation : une initiative et un programme menés par l’Afrique avec des donateurs offrant un soutien financier et technique.
L’APC est une excellente opportunité d’améliorer la coordination entre donateurs. Ceci est vrai dans tous les domaines de soutien, mais pour que l’APC soit la plus efficace possible, nous parlons ici d’efforts régionaux ou de soutien avec recours intensif en capital. Plus la coordination des donateurs sur ces projets sera élevée, plus les effets de l’APC seront grands. DFID canalise également une part grandissante de son soutien à l’APC (60% pour le moment) à travers des partenariats multilatéraux ; il s’agit d’une manière de réduire les coûts de transaction et d’améliorer les perspectives de soutien efficace. Il y a également un bon débat sur l’APC mené à l’OMC, qui contrôle nos efforts et nos promesses, et offre une plateforme de discussion et de coordination améliorée.
Eclairage : Pour finir, une des principales inquiétudes des pays ACP portait sur les liens entre l’APC et les accords commerciaux tels que les APE signés avec l’UE, et le cycle de discussion de l’OMC de Doha, actuellement au point mort. Comment considérez-vous ces liens ?
GT : Il n’existe pas de liens formels entre ces accords commerciaux et l’APC, et celle-ci n’est pas liée à la signature des APE ou d’un accord Doha, ou autre. DFID a fournit un soutien de type APC pendant des décennies et continuera de le faire quels que soient les accords commerciaux futurs. Mais le concept d’APC est né lors d’une réunion ministérielle de l’OMC en 2005, où il a été reconnu que les pays les plus pauvres ne seraient pas capables de tirer parti de l’ouverture des marchés et d’une plus grande libéralisation à moins de recevoir un soutien au développement de leur commerce. Ainsi, plus nous ouvrons les marchés et plus ces pays auront besoin de l’APC. Les pays ACP feront également face à des défis bien spécifiques liés à la signature des APE. Il est important que la communauté des donateurs continue de fournir un soutien qui leur permettra de profiter au mieux de ces nouveaux accords ; DFID le fait déjà, en travaillant en étroite collaboration avec la Commission européenne et les autres états membres de l’UE.
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