EclairageVolume 9Number 10 • December 2010

S’engager avec les entreprises pour tirer le meilleur parti des fonds d’Aide au commerce


Catherine Grant

Discuss this articleShare your views with other visitors, and read what they have to say

L’un des principaux objectifs de l’aide au commerce est de réduire les contraintes de l’offre qui empêchent les exportations des pays en voie de développement d’accéder aux divers marchés . Au cœur de ce programme se trouvent les acteurs qui sont véritablement engagés dans le commerce, c’est à dire, la plupart du temps,  les entreprises du secteur privé qui produisent des biens et des services destinés à l’exportation.

À ce jour, toutefois, le secteur privé n’est pas spécialement impliqué dans les problématiques d’aide au commerce, et tout particulièrement dans certains des pays bénéficiaires en Afrique. Ceci peut refléter la focalisation de l’aide au commerce sur le développement des infrastructures liées au commerce. On peut néanmoins mieux faire en ce qui concerne la participation des entreprises dans les programmes d’aide au commerce, participation qui renforcerait les efforts d’implémentation et l’impact des dépenses. Voici quelques suggestions spécifiques qui s’appuient sur l’expérience professionnelle de l’auteur par le biais de ses travaux avec le Groupe des Employeurs de la Communauté de Développement d’Afrique Australe (SADC) et le forum d’affaire de la SADC en Afrique Australe.

Une Participation limitée du secteur privé

Dans la plupart des pays de la SADC, le secteur privé est relativement limité et le nombre de sociétés qui sont engagés dans des activités de commerce international l’est encore plus. D’une certaine façon, cela devrait faciliter la tache de consultations du secteur privée entreprise par les gouvernements, les donateurs et les autres acteurs de l’aide au commerce lors de la mise en œuvre de projets. Si l’on veut que l’aide au commerce contribue à une croissance créatrice d’emploi il est essentiel de faire l’effort d’impliquer le secteur privé, puisque les entreprises exportatrices sont souvent d’importants employeurs.

Il y a un certain nombre de raisons pour lesquelles la participation des entreprises a été limitée dans les débats  sur l’aide au commerce dans la région SADC. Tout d’abord, il existe toujours une certaine méfiance entre les gouvernements et les entreprises. Les décideurs politiques ne croient pas toujours que les actions du secteur privé soutiennent les objectifs de développement fixés par les gouvernements. Il y a donc peu de mécanismes de consultation sur ces questions. Deuxièmement, le secteur privé n’est pas bien organisé dans certains pays. Il est alors plus difficile pour les gouvernements et les bailleurs de fonds de mobiliser la communauté des entrepreneurs sur des questions politiques clés. D’autres défis existent dans les secteurs où la plupart des entreprises qui échangent à l’international sont des micro- ou des petites entreprises qui opèrent souvent de manière informelle (comme par exemple, le commerce agricole transfrontalier). Troisièmement, le manque de coordination entre les représentants des entreprises au niveau national s’étend à la sphère régionale, où le développement d’organisations fortes et pleinement représentatives du secteur privé a eu un succès très limité. Quatrièmement, il existe des contraintes de capacité dans la communauté des affaires de la SADC au niveau de leur engagement sur les questions de politiques publiques et de leur participation à l’élaboration des programmes d’aide au commerce. C’est à la fois un problème de ressources (humaines et financières), mais aussi le résultat d’un manque de sensibilisation au programme de l’aide au le commerce et sur le soutien pratique qu’il pourrait apporter aux activités du secteur privé.

Améliorer l’engagement

Assurer une plus grande participation du secteur privé dans le débat autour de l’aide au commerce dans la SADC serait clairement un investissement qui rapporte beaucoup. En effet, c’est essentiel si l’on veut progresser et atteindre les objectifs fixés par l’Organisation Mondiale du Commerce, entre autres. Cela pourrait se faire grâce à un certain nombre d’initiatives, dont certaines auraient un impact positif tant sur l’acheminement de l’aide au commerce que sur l’engagement des pays de l’Afrique Australe dans les débats mondiaux de politique commerciale. Les gouvernements de la SADC et les institutions régionales devraient veiller à ce que le secteur privé soit reconnu comme un intervenant clé dans l’aide au commerce dès le départ. Pour la communauté des affaires, cela permettrait d’inciter à impliquer davantage les entreprises. Leur participation pourrait être soutenue par les bailleurs de fonds et les autres partenaires.

Sur le plan pratique, il est essentiel de soutenir les efforts en cours dans la SADC pour renforcer les organisations professionnelles, tant au niveau national que régional. Les tentatives de travail en dehors des structures commerciales existantes (telles que les chambres de commerce et d’industrie) devraient être évitées car cela peut tout simplement conduire à de nouvelles divisions et à l’absence d’engagement véritable dans le secteur privé. Les organisations qui sont bien soutenues par les sociétés commerciales et qui peuvent revendiquer un niveau de représentation légitime devraient être autorisées à prendre part à l’élaboration des initiatives d’aide au commerce. Plus de recherches à l’échelle de l’industrie et des entreprises pourraient aider à mieux comprendre les contraintes de l’offre auxquelles les commerçants sont confrontés dans la région.

Le Groupe des Employeurs de la SADC (GES) est un exemple d’organisme régional qui cherche à renforcer parmi ses membres leurs capacités d’engagement sur une large gamme de problèmes d’intégration régionale. Ce dernier a changé sa concentration sur  les questions traditionnelles d’emploi et de travail à une vue plus large de l’environnement des affaires en général. Le groupe a réussi à élargir son mandat et à entreprendre un certain nombre de projets relatifs au commerce, dont l’élaboration de positions communes sur les Accords de Partenariat Economique avec l’UE, et la participation au lancement de l’Accord de Libre-Echange de la SADC en août 2008.

Le GES est potentiellement un partenaire valable dans les débats sur l’aide au commerce dans la région et il tirerait parti d’un engagement plus fort, comme indiqué ci-dessus. Toutefois, le Secrétariat de la SADC a du mal à trouver des mécanismes cohérents pour s’impliquer avec les entreprises dans la région. De nombreux gouvernements membres ne profitent pas des opportunités existantes pour inclure des représentants du secteur privé dans leurs délégations. Des questions demeurent quant à la représentation de la GES. Des tentatives régulières (parfois soutenues par les bailleurs de fonds) sont faites pour mettre en place des groupes concurrents qui prétendent parler au nom des entreprises régionales. Cela conduit non seulement à une plus grande confusion mais cela donne aussi une excuse supplémentaire aux gouvernements et au Secrétariat de ne pas les impliquer.

Bien que les défis et les recommandations énoncées ci-dessus soient basés sur une expérience dans la région d’Afrique Australe, les mêmes problèmes existent dans de nombreuses autres parties du monde. Le programme d’aide au commerce dans son ensemble pourrait tirer profit d’une association plus étroite avec le secteur privé.

Catherine Grant est le Chef du Programme de la Diplomatie Économique à l’Institut Sud-Africain des Affaires Internationales.

Add a comment

Enter your details and a comment below, then click Submit Comment. We’ll review and publish the best comments.

required

required

optional