PasserellesVolume 12Numéro 1 • Mars 2011

Appui au développement des PMA : les enseignements du rapport 2010 de la CNUCED


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La CNUCED a procédé à un « état des lieux » de la situation des PMA (Pays Moins Avancés) durant l’année 2010. C’est un exercice devenu annuel. Le diagnostic a montré que cette catégorie de pays a plus que jamais besoin d’assistance pour sortir de la pauvreté et la dépendance. L’option, prise de longue date,  de « libérer la puissance créatrice des mécanismes de marché en réduisant le rôle de l’État dans le processus de développement » n’a pas fourni les résultats escomptés. La situation des PMA a peu évolué entre 2009 et 2010.

Les minces lueurs aperçues au début du millénaire se sont vite dissipées laissant la place à une crise multiforme et multidimensionnelle qui a gravement atteint de nombreux PMA. . Elle a commencé à se manifesté par une brusque chute des prix des produits de bases, annonçant une récession de l’économie mondiale. La conséquence première fut alors un ralentissement brutal de l’économie de certains PMA occasionnant ainsi, de graves crises sociales.

Selon la CNUCED, l’impact de cette récession  au niveau des  PMA est accentué par leur faible intégration dans l’économie mondiale et leurs déficiences structurelles qui les rendent vulnérables et peu préparés à faire face aux chocs.

L’impact  de la crise sur les PMA

Le rapport de la CNUCED renseigne que « Vingt PMA restent surendettés ou risquent fort de le devenir, tandis que la vulnérabilité à l’égard de la dette pourrait s’aggraver au lendemain de la crise mondiale, d’où l’évolution de la pauvreté ». Le rapport prévient sur les effets pervers  des nouveaux prêts qui, s’ils  aident à amortir les effets du ralentissement, contribuent aussi au risque de surendettement.

Citant les analyses de la Banque mondiale, la CNUCED montre que  l’incidence de l’extrême pauvreté dans les PMA est tombée de 63 % en 1990 à 53 % en 2005, les deux tiers de cette amélioration se produisant après l’an 2000 ». La forte baisse de l’emploi accentue cette pauvreté par exemple au Cambodge où le ralentissement du secteur de l’habillement a entraîné la perte de 63 000 emplois à la fin de 2008 et au début de 2009. 30% des emplois de la construction ont également disparu au cours de 2009. En République démocratique du Congo, la baisse d’activité dans le secteur des industries extractives s’est traduite par la perte de près de 100 000 emplois1.

Le nécessaire changement d’approche

Les mécanismes internationaux jusque là utilisés pour sortir les PMA de leur situation se sont révélés inefficaces. Il faut donc les réformer.

Une telle réforme fera selon le rapport de la CNUCED à deux niveaux :

- améliorer les mécanismes internationaux d’appui qui leur sont spécialement destinés,

- mettre en place une nouvelle architecture internationale du développement pour ces pays. Elle doit se baser sur la technologie et les produits de base avec comme objectifs principaux :

a) inverser le processus de marginalisation des PMA dans l’économie mondiale et soutenir leurs efforts de rattrapage;

b) contribuer à une croissance économique accélérée et soutenue qui améliore les conditions de vie générales de l’ensemble de la population;

c) aider ces pays à sortir de la catégorie des PMA.

L’atteinte des résultats escomptés dépend fortement de la capacité à mettre en place un nouveau modèle de développement plus équitable dans les PMA. Celui-ci doit  être une association harmonieuse des domaines et des intérêts privés et publics. Elle suppose selon le rapport de la CNUCED d’amples réformes dans les domaines du financement, du commerce, des produits de base, de la technologie et des changements climatiques.

Pour la CNUCED, cela passe en premier lieu par   la fourniture de ressources pour des investissements productifs, en particulier via un encouragement à la mobilisation des ressources financières intérieures, la mise en place de sources novatrices de financements à long terme du développement et des utilisations innovantes de l’aide pour le développement des capacités productives, en plus des  mesures d’allègement de la dette. En second lieu, il s’agit  de la promotion de l’appropriation nationale et l’aménagement d’une marge d’action pour que les pays bénéficiaires puissent mobiliser et orienter ces ressources conformément aux réalités locales.

Doha pourrait - il soulager les  PMA ?

Selon le rapport, « il est évident qu’une conclusion positive du cycle de négociations commerciales multilatérales de Doha à l’OMC, où une importance fondamentale est accordée à des résultats favorables au développement de tous les pays en développement, serait également profitable aux PMA ».

Pour la CNUCED, des actions sont nécessaires pour que les  PMA puissent bénéficier des résultats des négociations. Le rapport indique trois propositions :

-          Premièrement, il soutient le principe d’une « récolte précoce », à savoir  l’application des «résultats initiaux» dans le cas des PMA comme l’ont présenté par les Ministres du commerce des PMA.

-          Deuxièmement, il faut  donner les moyens aux PMA d’utiliser toutes les flexibilités déjà disponibles au titre des règles de l’OMC pour promouvoir le développement de leurs capacités productives et poursuivre leurs propres modalités d’intégration stratégique dans l’économie mondiale. Cela leur permettra de se doter d’une nouvelle politique commerciale stratégique pour soutenir leurs efforts de développement et de réduction de la pauvreté de façon compatible avec le nouvel environnement macroéconomique mondial d’après crise, et aussi de tirer parti des nouvelles possibilités associées au commerce Sud-Sud.

-          Troisièmement, concentrer l’aide au développement du commerce dans les PMA sur des activités prioritaires et intégrer le cadre intégré renforcé dans les stratégies nationales de développement et de réduction de la pauvreté..

Sources CNUCED, Synthèse ENDA.

Renseignements sur les PMA

La catégorie des pays les moins avancés (PMA) établie par l’Organisation des Nations-Unies (ONU) en 1971 regroupe les pays les moins développés où le revenu par habitant n’excède pas 900 dollars USD (674,288€). Ce sont des pays vulnérables économiquement, avec des indicateurs de santé, de nutrition et de scolarisation qui ne permettent pas le développement social, et dans lesquels l’Etat est souvent défaillant.

Afrique : Angola, Bénin, Burkina Faso, Burundi, Comores, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Lesotho, Liberia, Madagascar, Malawi, Mali, Mauritanie, Mozambique, Niger, Ouganda, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Rwanda, Sao Tomé-et-Principe, Sénégal, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Tanzanie, Tchad, Togo, Zambie.

Asie : Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Cambodge, Laos, Maldives, Myanmar, Népal, Timor oriental, Yémen.

Amérique : Haïti.

Océanie : Kiribati, Salomon, Samoa, Tuvalu, Vanuatu.

Notes:

1 (rapport CNUCED 2010).

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