PasserellesVolume 13Numéro 4 • Decembre 2012

Exploiter le potentiel de l’agrobusiness pour la prospérité de l’Afrique


by Philippe Scholtes

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Malgré le potentiel  agricole de  l’Afrique et sa croissance économique de l’ordre de  cinq pour cent en moyenne sur les  dernières années, son mode de croissance ne semble pas être durable à  moyen et long termes.  La croissance du PIB -essentiellement fondée sur les exportations de pétrole, de minéraux et de produits de base agricoles- impliquant peu ou pas de transformation, n’a pas conduit à une réduction soutenue de la pauvreté. D’où la nécessité d’emprunter une  trajectoire alternative valorisant les ressources naturelles et utilisant des procédés de production innovants afin d’accélérer une croissance et un développement durables.

Cela pourrait passer par l’agrobusiness dont l’importance dans la création de richesse en Afrique a été largement reconnue au cours des dernières années. La mise en œuvre  d’un processus de transformation rurale semble  nécessaire pour accroître la valeur économique des produits de base agricoles et créer des perspectives d’emploi non agricole dans des domaines tels que la transformation après récolte, la logistique, la finance, la commercialisation et la gestion de la qualité

Un espace économique mondial changeant

La forte croissance économique enregistrée par l’Afrique ces dix dernières années reste satisfaisante et enviable. Les revenus par tête dans certaines régions notamment en Afrique subsaharienne ont en effet multiplié par un facteur de 2,5 au cours des huit années.

Cependant, la région reste plongée dans la pauvreté et compte 33 des 48 pays les moins avancés (PMA) du monde. L’investissement orienté principalement vers le pétrole et les minéraux entraîne une surexploitation des ressources ainsi qu’une surévaluation de la monnaie.

Moins de 40% du produit agricole produit sur le contient est transformé, bien que l’agro-transformation compte pour 70% de la valeur ajoutée de l’industrie agroalimentaire et pour près de 50% du total des exportations dans les PMA.[1] Ces insuffisances dans la structure de transformation pourraient toutefois apparaitre comme les opportunités de demain. En apportant de la valeur ajoutée aux produits de base agricole, l’Afrique générera des emplois et rehaussera les revenus ruraux, et aussi réduira les pertes post-récolte et la volatilité des prix. En outre cela contribuera à stimuler la croissance dans d’autres secteurs, et à élargir les marchés intérieurs et le commerce extérieur -autant  de facteurs qui contribueront à l’amélioration de la sécurité alimentaire.

L’agrobusiness pour la prospérité de l’Afrique

La voie à suivre pour engranger ces avantages passe par une transformation profonde des zones rurales africaines  qui doivent réorganiser et transformer les exploitations familiales  en des entreprises agricoles modernes.  Dans sa publication de 2011 intitulée Agribusiness for Africa’s Prosperity,[2] l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) encourage une telle approche, et elabore  une  stratégie qui repose sur  sept piliers. A savoir : l’accroissement de la productivité agricole ; la mise à niveau des chaînes de valeur ; l’exploitation de la demande locale, régionale et internationale ; le renforcement des efforts technologiques et des capacités d’innovation ; la promotion du financement effectif et innovant ; l’encouragement de la participation du secteur privé ; et l’amélioration des infrastructures et de l’accès à l’énergie. La stratégie peut toutefois varier en fonction du produit visé selon des   études de cas sur des chaînes de valeur de l’agrobusiness africain[3]. Celles africaines peinent toujours à positionner dans les chaînes globales en dépit du potentiel dont elles disposent et des opportunités présentent sur le marché. Les entreprises locales du continent plutôt que de s’insérer dans le marché, jouent le rôle  de distributeurs  des produits  de marque mondiaux. Tout cela n’est pas sans conséquences  sur les pays importateurs de produits alimentaires d’Afrique qui continuent de subir de plein fouet  la hausse des prix de denrées de base.

Dans ce contexte, les marchés  régionaux sont des opportunités pour l’agrobusiness. L’intégration des chaînes de valeur pourrait créer des possibilités pour les petits exploitants agricoles de rehausser leurs revenus de 10 à 100% selon certaines études. Cela impliquerait de la part pays africains  une réduction des obstacles tarifaires et non-tarifaires qui entravent le commerce des produits sur le continent. La diversification des partenaires économiques et commerciaux tout comme la mise en place d’un environnement propice aux affaire est également requise et ce, pour attirer les investissements directs étrangers et la participation privée à l’agrobusiness. Avec comme avantages liés entre autres à   la compétitivité la promotion du développement du secteur privé à travers l’investissement; un accroissement de l’efficience et de la productivité des entreprises locales ; et un encouragement à l’entreprenariat par la suppression des contraintes juridiques, financières et structurelles. Enfin, un leadership fort  est  plus que jamais nécessaire pour mettre en œuvre des politiques qui promeuvent l’ouverture, la stabilité macroéconomique.

L’agrobusiness doit aller ‘au-delà des frontières’

En étroit partenariat avec l’Organisation mondiale pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’ONUDI a tenu une série de consultations internationales sur l’agrobusiness comme moyen d’aborder les questions de sécurité alimentaire et de réduction durable de la pauvreté dans les pays à faible revenu. Dans son étude intitulée « African Agribusiness and Agro-industries Development Initiative ou 3ADI » l’ ONUDI estime que l’expansion du secteur suppose une convergence d’initiatives indépendantes allant des petits exploitants agricoles aux grandes entreprises d’agrobusiness en passant par les transformateurs, les négociants, les fournisseurs de logistiques, l’assurance de la qualité, les services de finance, etc., et appelle également à un accroissement de l’investissement étranger et du commerce extérieur. Des opérations conjointes sont actuellement  en cours dans 12 pays soit, Afghanistan, Comores, République démocratique du Congo, Ghana, Haïti, Liberia, Madagascar, Nigeria, Rwanda, Sierra Leone, Soudan et Tanzanie - où un à deux produits agricoles clés sont choisis par les autorités locales, en conformité avec les stratégies nationales. Chaque produit sert de base à une analyse détaillée des chaînes de valeur.

Lier les petits exploitants agricoles aux grandes sociétés d’agrobusiness

Dans une chaîne de valeur type de l’agrobusiness, les matières premières et les autres intrants circulent de la pré-production à la transformation puis vers le marché final.  Une mobilisation coordonnée des ressources est nécessaire pour améliorer la productivité des ressources naturelles et des facteurs de production que sont les terres le travail et la technologie. Ceci appelle un renforcement de  compétences et du savoir-faire dans des domaines notamment la gestion des risques, la commercialisation, le contrôle-qualité,  la maitrise de nouvelles technologies - telles que les machines de traitement, les équipements de préparation des sols et les techniques d’irrigation et l’utilisation  des semences et engrais- résistants adaptés aux effets du changement climatique.

La plupart de ces ressources sont actuellement détenues par le secteur privé qui,  tenté par le potentiel de l’agrobusiness dans les pays en développement, et en particulier, les pays  à faible revenu  de l’Afrique, ne cesse de manifester son intérêt d’investir dans ce secteur. Le volume de l’investissement fixe privé était trois fois plus élevé que celui de l’aide publique au développement (APD) en 2008.

L’investissement du secteur privé tout comme l’aide au développement orienté vers l’agriculture pourrait contribuer au développement de ce secteur  par l’amélioration de la productivité et de la qualité tout en facilitant la gestion des chaînes d’offre par l’introduction de mécanismes de traçabilité.

Redresser la situation de l’or blanc au Ghana

Au Ghana, le début des années 2000 fut une période noire pour la production cotonnière. La situation s’empira en 2010. Sous l’influence combinée de prix mondiaux défavorables et des faiblesses structurelles, la production de coton fut au point mort entrainant alors une recrudescence de la pauvreté.

Attiré par les prix internationaux très élevés et inspiré par la réussite du secteur du coton du Burkina Faso voisin, le Ghana a alors divisé la région de production en trois zones et se  s’assura du soutien de grandes sociétés d’agrobusiness pour accroître les superficies cultivées de 5.000 à 50.000 hectares.

Une mission conjointe Banque mondiale/ONUDI s’est rendue sur place début 2011 et a recommandé une gamme complète d’interventions en vue d’étendre la chaîne de valeur. Ces mesures visent premièrement à accroitre la production nationale pour répondre à une demande croissante des entreprises de transformation chinoises ou égyptiennes et ainsi renforcer la position ghanéenne dans le commerce extérieur. En outre, cette opération cherche à créer des emplois et les revenus ruraux.

La solution de cette mission conjointe passe par une mécanisation accrue, une réforme du rôle public dans l’industrie ainsi que des réglementations et mécanismes de fixation des prix acceptables pour toutes les parties prenantes.

Conclusion

Des financements substantiels et bien coordonnés, seront - entre autres - nécessaires pour engager l’agriculture dans une voie plus productive et plus efficiente. Parmi les principaux acteurs de cette transformation figurent les agriculteurs et les négociants mais aussi, les fournisseurs d’engrais, de pesticides et de semences ainsi que les entreprises rurales de services énergétiques, les transporteurs et les fabricants  et finalement les fournisseurs de technologie et de financements ruraux. Les gouvernements nationaux et les institutions de financement du développement doivent concentrer leurs efforts par la mise en place de politiques économiques et infrastructurelles claires et prévisibles.

Auteur: Philippe Scholtes, Directeur du département du développement de l’agrobusiness
de l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI)

[1] Source : Statistiques industrielles de l’ONUDI

[2]Kandeh K. Yumkella, Patrick M. Kormawa, Torben M. Roepstorff et Anthony M. Hawkins, Eds, ONUDI (2011)

[3]Dans les pays suivants : Cameroun, Ethiopie, Kenya, Mali, Nigeria, Sénégal,Afrique du  Sud et  Zambie. Référence : Karl Wohlmuth, Patrick M. Kormawa et Jean Devlin: Agribusiness for Africa’s Prosperity: Etudes de cas pays, Document de travail, ONUDI, septembre 2011.

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