PasserellesVolume 11Numéro 4 • Decembre 2010

La volatilité des prix des marchés mondiaux secoue la filière coton


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Les marchés sont aujourd’hui sous la menace d’une nouvelle flambée des prix. Les causes sont de deux ordres d’une part la montée des mesures protectionnistes  et  d’autre  part  « les gels des exportations de céréales».

Depuis la crise de 2008, les grandes puissances sont enclines à mettre en place des mesures protectionnistes. L’État devient de plus en plus présent sur le marché. Les subventions d’entreprises privées sont devenues très fréquentes. Et cela, malgré les multiples appels  lancés   par       les organisations internationales comme l’OMC. En effet, à plusieurs reprises, le Directeur Général  de l’OMC a appelé à plus de confiance au système commercial multilatéral.

La plupart des matières premières ont vu leur cours progresser ces derniers mois.           Les       plus      fortes            hausses concernent le blé et le maïs : + 90% entre la moyenne mensuelle de septembre 2010 et celle de septembre 2009. Le mais a connu une flambée similaire. Cette flambée du prix du blé s’est  ensuite  étendue  au  maïs,  au soja, au sucre et même à l’éthanol. Parmi les céréales, seul le riz a une tendance orientée à la baisse, même si les prix remontaient légèrement entre août et septembre.

Les raisons de cette nouvelle flambée des prix

La principale raison évoquée de la récente flambée des prix du blé ces dernières semaines est la sécheresse qui a touché plusieurs pays dont la Russie, l’Ukraine et le Kazakhstan. En Russie, la chute d’un tiers de la production de céréales se confirme et le pays a mis en place des mesures de restrictions volontaires aux exportations. De même, l’Ukraine a décidé d’imposer des quotas sur ses exportations de céréales.

Les mauvaises conditions climatiques dans certaines régions productrices d’Asie ont entrainé  une offre d’exportation limitée.

Pour ce qui est du coton, l’envolée du marché (le contrat de décembre s’est renchéri d’un tiers de sa valeur depuis le début du mois) a été déclenchée par des craintes de voir la production de l’Etat du Texas (sud des États-Unis) impactée par le passage de la grêle récemment.

La filière coton est fortement exposée à cette volatilité des prix

Récemment le Département américain à l’Agriculture a alerté les investisseurs d’un risque d’insuffisance d’offre de coton. Cela s’est produit à la suite de la décision de l’Inde de contrôler ses exportations.        Dès  lors,  le  cours  du coton a atteint $1.57 la livre à New York, son plus haut niveau depuis 140 ans et la création des contrats à terme.

“Les contrats à terme de coton ont atteint leur pic le plus élevé depuis qu’ils ont commencé à s’échanger sur la Bourse au coton de New York en 1870, avec le contrat de décembre enregistrant un pic à 1,3050 dollar” par livre de coton, ont noté les analystes de  Plexus  Cotton  avant  d’ajouter qu’ « il faut remonter à la Guerre Civile (1861-1865), lorsqu’un blocus imposé par le Nord avait empêché le coton d’être expédié par bateau aux usines de  textile  en  Europe,  pour  observer des prix plus élevés, à 1,89 dollar »

Un état de fait qui montre bien la complexité et la spécificité des marchés agricoles. Dans un contexte de libéralisation accrue des échanges, toute restriction des flux commerciaux (embargos ou autres), ainsi que les déséquilibres monétaires actuels, ont un effet  direct sur les niveaux  et  la volatilité des prix des matières premières agricoles, d’autant plus élevé si le pays concerné est un acteur important         du        commerce            international (importateur ou exportateur). Toute- fois, ce facteur explicatif est renforcé par la conjonction de deux facteurs :

-           Les comportements des acteurs qui interviennent sur les marchés agricoles sont mimétiques voire moutonniers, pour des causes diverses  (stratégiques, géopolitiques, économiques)

-           La financiarisation croissante dont l’agriculture fait l’objet depuis 2005 a transformé les marchés agricoles en marchés d’anticipation complexes, où ce n’est pas tant la déci- sion en tant que telle qui importe mais la manière dont les différents acteurs         (producteurs,    investisseurs, Etats) l’interprètent et y réagissent.

Le fonds de lissage : une initiative pour stabiliser les prix

Pour     juguler  cette     volatilité            des initiatives sectorielles sont entrain d’être mises en œuvre. C’est le cas par exemple des Fonds de Lissage au Burkina Faso lancé en avril 2008 au Burkina Faso par l’AFD (l’agence française           de        développement.            Ce Fonds de Lissage, destiné à encadrer la volatilité des prix et garantir un revenu rémunérateur aux producteurs repose sur une logique ancienne, à savoir un « tunnel de prix » articulé autour d’un prix de tendance défini par grandes zones géographiques homo- gènes, qui définit le cadre de l’intervention des pouvoirs publics en cas de volatilité trop élevée.

Le Fonds a pour objectif de gérer les risques liés à l’hyper-volatilité des prix à court terme du coton au Burkina Faso, par un système d’abondement et de retrait. Le principe est le suivant : une fluctuation libre des prix à l’intérieur de marges définies autour d’un prix de tendance, et le déclenchement de l’intervention au-delà, aussi bien lorsque les prix crèvent le prix plafond que quand ils percent le prix plancher

L’initiative de l’AFD a le mérite d’expliciter le fonctionnement concret de ce type de système, séduisant et efficace. Ce dispositif rencontre un certain succès au niveau local, connait toutefois certaines limites à échelle plus grande, qui ont justifié son abandon par le passé. Une initiative pertinente pour lutter contre la volatilité des prix selon beaucoup d’acteurs de cette filière.

Sources            Paul-Florent      Montfort, momagri, APCA, Pôle Economie et Politiques agricoles Synthèse ENDA.

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