Passerelles SynthèseVolume 13Numéro 8 • Novembre 2012

En réponse à la crise alimentaire en Afrique, la Banque mondiale suggère la levée des restrictions au commerce transfrontalier


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Les exploitants agricoles africains pourraient produire suffisamment de denrées alimentaires pour nourrir le continent et éviter de futures crises alimentaires si les pays lèvent les restrictions au commerce transfrontalier de produits alimentaires affirme un nouveau rapport de la Banque mondiale. En outre, le Rapport estime que l’Afrique pourrait générer 20 milliards de dollars de recettes annuelles supplémentaires si ses dirigeants parviennent à s’entendre sur la suppression des obstacles à la redynamisation du commerce régional.

L’Afrique ne manque pas de ressources pour nourrir sa population et dispose d’énormes potentialités pour produire des denrées de base en qualité et en quantité suffisantes. Ce potentiel semble toutefois insuffisamment exploité au regard des vastes étendues de terres fertiles laissées à l’abandon ou inexploitées (environ 400 millions d’hectares). A cela s’ajoutent les maigres rendements agricoles et les obstacles commerciaux pour acheminer les produits alimentaires des zones excédentaires vers les zones déficitaires ou des communautés aux prises avec une pénurie alimentaire. Ces facteurs aggravent la crise alimentaire qui gagne du terrain surtout en Afrique Subsaharienne où plus de 19 millions de personnes sont menacées de faim et la malnutrition dans la région du Sahel.

L’urgence d’assurer une autosuffisance alimentaire et la volonté de faire face à la demande croissante du continent en produits alimentaires qui doublera d’ici à 2020, passeront selon le rapport par la levée des restrictions au commerce transfrontalier de produits alimentaires. Ce qui va aussi permettre la création d’emplois dans les services et contribuer ainsi à réduire la pauvreté tout en diminuant les importations onéreuses de produits alimentaires.

Promouvoir la concurrence pour renforcer les réseaux de distribution de produits alimentaires.

Le commerce intra africain reste toujours entravé par des politiques commerciales imprévisibles en dépit des engagements pris par les Etats pour promouvoir le commerce intra régional. Parmi les obstacles qui entravent leur libre circulation, on note entre autres des interdictions d’exportation et d’importation, des quotas et des droits de douane à l’importation variables, des règles d’origine restrictives. Loin de favoriser la concurrence dans la distribution des produits alimentaires, ces politiques commerciales en plus d’être restrictives sont rarement communiquées aux commerçants et aux responsables ce qui crée parfois la confusion au passage des frontières, limite le développement du commerce régional, crée des conditions de marché incertaines et contribue à la volatilité des prix alimentaires.

Face à cette situation qui freine la libre circulation des produits alimentaires et selon le rapport, la création d’un marché de produits alimentaires compétitifs en Afrique parait nécessaire pour favoriser le développement des réseaux de distribution de produits alimentaires. Il faut « un environnement concurrentiel dans lequel les pouvoirs publics adoptent des politiques crédibles et stables qui encouragent les investisseurs privés et les entreprises à dynamiser la production alimentaire dans la région de sorte que les agriculteurs puissent obtenir les capitaux, les semences et les machines dont ils ont besoin pour devenir plus efficients et pour que les familles puissent avoir accès à des produits alimentaires de bonne qualité dans des quantités suffisantes et au juste prix » a déclaré Paul Brenton, économiste principal pour l’Afrique à la Banque mondiale et principal auteur du rapport. Un pays comme le Mozambique qui a constamment permis les importations et les exportations de maïs en toute liberté a été cité en exemple. En effet, les importateurs et exportateurs du Nord du Mozambique vendent leurs céréales au Malawi et dans l’Est de la Zambie, ce qui permet de combler et d’assurer un certain équilibre sur les marchés. Ces échanges commerciaux ont en outre permis la stabilisation des prix dans la capitale de Maputo par comparaison à d’autres capitales de la région.

Le développement des infrastructures routières et la réduction du coût élevé des transports sont nécessaires.

Pour relever le défi lié à la redynamisation du commerce transfrontalier l’Afrique doit nécessairement disposer de routes de qualité et d’un coût du transport accessible et palier au manque d’infrastructures routières adéquates, au cout élevé du transport et à la logistique peu moderne tel que décrit dans le rapport. De ce point de vue le Rapport de la Banque mondiale confirme les nombreux travaux réalisés par la Commission économique pour l’Afrique (CEA), la Banque africaine de développement (BAD) ainsi que les Communautés économiques régionales (CER).

L‘augmentation des investissements dans les infrastructures liées au commerce s’avère donc nécessaire. Il faut saluer à cet effet la décision prise les chefs d’État et de gouvernement lors du sommet de janvier de l’Union africaine en mettant l’accent sur les moyens d’intensifier le commerce intra-africain à travers de grand projets infrastructurels continentaux.

Relever le défi de production agricole

La levée des restrictions au commerce transfrontalier de produits de base ne suffit pas. Même si elle peut contribuer à faciliter l’accès des populations aux denrées alimentaire, elle doit être couplée avec des efforts pour accroitre la production agricole, en particulier de produits vivriers, pour faire face aux crises et lutter contre l’insécurité alimentaire chronique. Pour cela le rapport souligne que l’Afrique dispose de suffisamment de terres fertiles, d’eau et de climats favorables pour se nourrir elle-même. Mais les résultats obtenus par l’Afrique en terme de production et d’échange agricoles se révèlent insuffisants au regard de la demande. Seulement 5 % de l’ensemble des céréales importées par les pays du continent proviennent d’Afrique. Ce faible volume de production s’explique par le fait que bon nombre d’agriculteurs africains n’ont pas accès à des semences à haut rendement et à des engrais et pesticides financièrement abordables nécessaires pour développer leurs récoltes. A cela s’ajoute, comme c’est le cas en Afrique de l’Ouest, une mécanisation déficiente et un système de financement de l’agriculture souvent défectueux ou inadapté.

Les pays africains peuvent inverser la courbe de l’extraversion et de la dépendance alimentaire. Pour cela, ils doivent se doter les meilleures politiques agricoles et commerciales, comptant d’abord sur leurs propres moyens et faisant appel ensuite à l’appui des bailleurs.

Compte-rendu conjoint ICTSD/ENDA « L’Afrique peut se nourrir elle-même, gagner des milliards et éviter des crises alimentaires en débloquant le commerce régional de produits alimentaires », LA BANQUE MONDIALE, 24 Octobre 2012

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