Passerelles Synthèse • Volume 10 • Numéro 10 • Juillet 2009
AFRIQUE/INVESTISSEMENTS : nouvelle terre promise pour les investisseurs ?
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L’Afrique pourrait devenir en ces temps de crise une nouvelle terre d’investissement, affirme Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de la Banque mondiale. Elle estime que la région sera une des rares dans le monde qui pourrait connaître une croissance en 2009.
Rien ne serait joué d’avance. Un surcroît de «flexibilité » est conseillé. Cela ramène à la question essentielle du climat d’accueil et l’environnement des entreprises. Mais l’impact social ne doit pas être négligé dans le processus de modernisation.
Mme Okonjo-Iweala a exprimé son point de vue devant le 19e Forum économique mondial (WEF) sur l’Afrique qui se tenait du 10 au 12 juin 2009 au Cap (Afrique du Sud).
L’Afrique, classée dans son ensemble, comme le continent le plus pauvre de la planète, a des chances de devenir une des zones les “plus propices pour les investissements, plus que de nombreuses autres régions du monde”, a-t-elle affirmé.
Le directeur général de l’Etablissement pour le climat des investissements en Afrique (ICF), Omari Issa, affirme pour sa part que “les investisseurs vont regarder l’Afrique comme une opportunité, mais si l’environnement n’est pas prometteur, ils partiront. Si au contraire, ils trouvent un environnement favorable pour faire des affaires, ils resteront et feront des émules”.
Selon le FMI, l’Afrique, qui a affiché ces cinq dernières années une croissance supérieure à 5%, devrait enregistrer une expansion de 2% en 2009, alors que la tendance partout est à la récession. Des experts, cités dans la presse africaine, estiment que l’Afrique de l’Est, qui dépend moins que d’autres régions du continent des ressources naturelles et donc moins tributaire de la baisse des cours ont chuté récemment, peut même tabler sur une prévision de croissance de 3,8%.
L’avis est cependant que les investissements massifs, notamment dans les secteurs des télécommunications et des services financiers, risquent d’être freinés par l’instabilité politique, le poids des bureaucraties et le sous-développement des infrastructures.
Mais un des obstacles majeurs est dans la question du transport. Le coût est deux fois plus élevé en Afrique qu’ailleurs et rend le commerce intra-africain difficile à développer.
Regain d’intérêt
Les investisseurs institutionnels comme les fonds de pension, qui se sont désinvestis de manière significative en septembre, reviennent aujourd’hui en Afrique sub-saharienne, notamment au Nigeria.
Le retrait, au cours des dernières années, d’entreprises occidentales a ouvert la voie à des investissements provenant de pays arabes, de Chine et de l’Inde.
L’investissement chinois est prodigieux. Selon des données publiées dans la presse, le stock d’investissement chinois en Afrique a été évalué de 6 à 7 milliards de dollars en 2007.
D’après ces indications, les sociétés chinoises s’implantent dans tous les secteurs: télécommunications, bâtiment, transports, commerce, exploitation pétrolière, mise en valeur des ressources naturelles…
L’Afrique est un “point chaud pour l’investissement”, confirme le président de la Banque industrielle et commerciale de Chine (ICBC), Jian Jianqing, qui a participé au WEF, dont l’établissement possède 20% de la banque sud-africaine Standard Bank, un des investisseurs les plus importants en Afrique sub-saharienne. Il a affirmé à la presse que le retour sur investissement y est en moyenne de 24 à 30% contre 16 à 18% dans les pays développés.
“Nous soutenons fortement les investissements que peut faire la Chine en Afrique”, souligne la directrice de la Banque mondiale, tout en rappelant cependant qu’au-delà des investissements privés, l’aide internationale demeure vitale pour que les pays africains surmontent la crise.
L’investissement arabe suit la même tendance. La banque marocaine, Attijariwafa Bank, a acheté en novembre 2008 cinq filiales africaines de la banque française du Crédit agricole.
Soud Ba’alawy, à la tête de Dubaï Group: “Ces 20 dernières années, l’Afrique a connu une très bonne croissance. Aujourd’hui, le PIB (Produit intérieur brut) du continent est bon. C’est très intéressant pour l’investissement.”
La presse africaine relève que plusieurs banquiers ont exprimé au cours des débats leur confiance dans la perspective de l’économie africaine, tout en saluant les manières innovatrices des financements en faveur de l’économie de l’Afrique. Les banquiers soulignent que la morosité économique mondiale a fait passer le taux de croissance économique de l’Afrique de 5% à 2,5%. En dépit de la baisse des afflux de capitaux conventionnels, les financements obtenus avec les méthodes innovatrices sont en train d’augmenter et d’apporter des fruits en Afrique.
James Mwangi, gouverneur de l’Equity Bank du Kenya, a fait remarquer qu’il y a de “grandes innovations” dans la mobilisation des ressources intérieures, comme les banques mobiles qu’il considère comme étant révolutionnaires et prometteuses. Ce genre de banques, selon Mwangi, avancent rapidement au Kenya et attirent déjà plus de sept millions de souscripteurs.
Humphrey J. Borkum, président de la branche sud-africaine de la Banque d’investissement américaine Merrill Lynch, a souligné pour sa part l’importance de deux catalyseurs pour consolider la perspective optimiste sur l’Afrique: l’investissement gouvernemental dans les infrastructures et les dépenses des consommateurs.
Toutefois, a-t-il été souligné dans un des ateliers consacré à l’impact social, le processus de modernisation des infrastructures de l’Afrique doit en tenir compte.
Dans ses propos rapportés par la presse, le directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (UNIDO), Kandeh Yumkella, a souligné que le développement social et le calendrier de la croissance économique devraient être pris en considération simultanément.
L’infrastructure a été identifiée lors de cette plate-forme portant sur “les Implications de la crise économique globale sur l’Afrique” comme l’une des trois exigences à long terme présentée par le Rapport sur la compétitivité de l’Afrique 2009, publié mercredi, pour but de rendre plus compétitives les économies africaines dans le commerce avec d’autres parties du monde.
Source WEF Africa, Fathi Bchir, www.mediaafrique.info
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