Passerelles SynthèseVolume 4Numéro 4 • Avril 2005

Dialogue Régional sur les négociations agricoles à Ouagadougou : Les différents acteurs conscients de la nécessité d’une convergence des positions


En étroite collaboration avec le Bureau suisse de la coopération au Burkina Faso et avec les organisations partenaires que sont le ROPPA et l’UNPCB, nous avons organisé les 9 et 10 Mars 2005 le Dialogue Régional sur l’Agriculture ouest africaine face à la libéralisation des échanges.

La Conférence était organisée en quatre principales sessions : les liens entre l’agriculture et le commerce international; l’agriculture de la sous-région face aux contraintes du système commercial multilatéral ; la problématique du commerce régional des produits agricoles et une dernière session sur les stratégies à dégager par les pays de la sous-région.

Les participants et les orateurs ont été choisis suivant le concept multi-acteurs. C’est ainsi que pour discuter des questions agricoles liées au commerce dans la sous-région ouest africaine, nous avons invités des négociateurs basés à Genève y compris deux ambassadeurs (Mali et Bénin), des représentants des ministères du commerce et de l’agriculture, des ONG basées dans la sous-région et travaillant sur le commerce et l’agriculture, les deux organisations sous-régionales clés que sont l’UEMOA et la CEDEAO et les représentants des organisations paysannes.

Ce format a permis des discussions franches et ouvertes et a favorisé un début de coordination entre ces différents acteurs travaillant sur les mêmes problématiques sans toujours disposer d’opportunités pour mettre en commun leur positions.

La première session a permis de dégager une approche situationnelle de l’agriculture sous-régionale pour mieux établir la nature de ses liens et des enjeux avec l’évolution de la réglementation à l’OMC. Elle a permis de quantifier l’agriculture familiale de la sous-région à travers son organisation et ses potentialités. Mais aussi, elle est revenue sur le contexte général des négociations du Cycle d’Uruguay et l’historique de l’Accord sur l’agriculture. Les deux négociateurs qui ont présenté cette étude de contexte sont partis du mandat de Doha et du tout récent Paquet de Juillet, tout en spécifiant le volet agricole, pour mieux cerner les postures possibles des pays de la sous-région, en termes d’opportunités et de défis.

La deuxième session qui a été le point focal du Dialogue a permis de passer en revue l’ensemble des mesures commerciales offensives et défensives, contenues dans l’Accord sur l’agriculture et sur le Paquet de Juillet, qui sont susceptibles d’avoir une influence importante sur la situation des produits d’exportation et d’importations de la sous-région. Les présentations ont concerné tous les problèmes d’accès aux marchés, de subventions et des mesures techniques, sanitaires et phytosanitaires. Cette session a aussi permis de mettre en exergue la place importance de la question de l’érosion des préférences qui fragilise la situation des produits de base et des produits tropicaux. Les participants se sont interrogés relativement au Paquet de Juillet, sur la posture que devront adopter les pays de la sous région pour tirer un bénéfice optimum des mesures de Traitement Spécial et Différencié aux fins de sécurité alimentaire, de développement rural et de considérations humanitaires. La présentation de Madame Isabelle Mamaty (IFAP-Paris) a permis de mettre en lumière les opportunités offertes par le Paquet de Juillet à travers l’usage d’une Mesure de Sauvegarde Spéciale qui est une vielle revendication des pays en développement. Elle a aussi dégagé des pistes sur les critères de choix et les mesures de mises en œuvre des produits spéciaux à l’intention des pays de la sous-région. Par ailleurs, une étude sur le problème des poulets congelés importés en Afrique a été présentée. Elle a soulevé d’importants problèmes liés aux mesures de défense commerciales, aux mesures sanitaires et phytosanitaires et s’est aussi appesanti sur l’impact du phénomène sur l’avancée de la pauvreté sur le continent.

La troisième session a été l’occasion pour les participants de passer en revue les potentialités offertes par le commerce intra-régional et le commerce interrégional. Les Politiques Agricoles de l’UEMOA et de la CEDEAO ont été présentées par des agents de ces organisations. Leur rôle dans la définition des politiques agricoles des pays de la sous-région a été défini. Les discussions se sont focalisées sur l’important travail d’articulation à faire avec les défis et les opportunités des règles commerciales multilatérales. Le problème de la compatibilité entre les deux politiques agricoles sous-régionales a été posé. La session s’est également penchée sur les interactions entre la sous-région, l’UE , l’OMC et le NEPAD en vue d’établir une cohérence d’ensemble dans les négociations agricoles.

Lors de la quatrième session, moins structurée, il s’est agit de passer en revue les différentes stratégies formelles et informelles susceptibles d’être déployées par les pays de la sous-région pour mieux saisir les opportunités du système commercial, aussi bien dans la phase de négociation que dans celle de la mise en œuvre. Les participants ont essayé de voir si la perspective communautaire de négociation amorcée est viable. Ils ont beaucoup insisté sur la nécessité d’une coordination plus effective entre les acteurs locaux et les négociateurs à Genève

Les organisations paysannes ont insisté sur leur légitime espoir à vivre du fruit de leur travail. Ils aimeraient être aidés à mieux rendre possible la souveraineté alimentaire, avoir un meilleur accès aux moyens de production (eau, semences, financement), et surtout prônent très fortement un soutien public de leurs Etats pour protéger la production intérieure par des aides financières ou des mesures de sauvegarde idoines.

Les négociateurs de leur côté ont réaffirmé leur disponibilité à travailler en étroite collaboration avec tous les acteurs pour mieux défendre leurs intérêts. Ils insistent sur l’importance d’un tel Dialogue qui leur permet d’être mieux informés. Le cas du coton a été cité comme exemple de collaboration entre les différents acteurs. Ce qui a mené à une position consensuelle qui a pu être défendue par les négociateurs.

Les actes du Dialogue de Ouagadougou sont disponibles à cette adresse : http://www.ictsd.org/africodev/dialogue/2005-03-09-10/sommaire.htm