Passerelles SynthèseVolume 6Numéro 6 • Juin 2007

Zone CEDEAO : Intégration régionale en Afrique de l’ouest : les chefs d’Etat tentent de lever les dernières contraintes politiques.


Les chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO ont tenu ce 15 juin leur 32ème sommet à Abuja, la capitale politique du Nigéria. De nombreuses importantes questions y ont été abordées au rang desquelles celles relatives à l’intégration régionale et à l’Accord de partenariat économique avec l’UE.

En dépit des nombreuses déclarations d’intention et les volontés affichées ces dernières années, d’importantes questions liées à l’intégration régionale en Afrique de l’ouest sont encore au point mort. En effet, Cinq ans après l’annonce de l’établissement d’une zone de libre- échange, initialement prévue pour 2004, suivie d’une union douanière totale en 2007 au plus tard, la situation reste la même. Pour s’en convaincre, il suffit d’interroger les réglementations douanières des différents Etats membres qui n’ont pas évolué dans le sens d’une libre circulation des biens. Celle des personnes n’a pas connu un meilleur sort ; un ressortissant d’un pays membre ne peut ainsi actuellement séjourner que 90 jours sans visa dans un autre pays membre et rien n’est prévu à long terme. Pourtant le président en exercice de la Commission de la CEDEAO, Mohammed Ibn Chambas, avait reconnu que la libre circulation des biens et des personnes dans les 15 Etats membres constituait “l’un des plus importants défis” depuis la création de la CEDEAO en 1975.

Aujourd’hui l’on note que le commerce et les échanges à l’intérieur de l’espace CEDEAO sont restés très faibles n’atteignant que péniblement le seuil de 11% par rapport au commerce avec les pays tiers. Ces faiblesses sont imputables à l’instabilité politique, à la mauvaise gouvernance, à l’inadaptation des infrastructures nationales par rapport aux exigences d’une économie moderne. Biens des efforts ont été faits mais le problème reste entier. En effet même si les barrières non tarifaires ont été éliminées entre les membres dans de nombreux domaines, la région peine à avoir un schéma de libéralisation harmonisé, et un système douanier automatisé, l’intégration régionale digne de ce nom.

Il faut par ailleurs préciser qu’au niveau de la sous région, le programme prioritaire d’unification de l’espace économique et la libre circulation des biens et des personnes passe par la mise en place d’une union douanière et commerciale. Rappelons que deux options se présentent aux pays de la CEDEAO : constituer un bloc commercial régional selon le modèle de l’UE, ou suivre leur propre processus basé sur la flexibilité, la différenciation et la géométrie variable. Ce qui se manifeste par la synchronisation des priorités régionales définies par la région elle-même.

C’est pour passer à une étape supérieur que les chefs d’Etat ont, au cours de ce sommet, pris une résolution visant à faire de la région ” une zone sans frontières où chaque citoyen peut créer et profiter des opportunités pour produire d’une manière durable en exploitant les énormes ressources de l’Afrique de l’ouest “. Allant plus loin, ils ont exhorté la commission à ” mettre sur pied de nouvelles stratégies et approches ” pour renforcer la libéralisation du commerce interrégional. La Commission est appelée également à se concerter avec les ministres des Finances et les gouverneurs de banques centrales des Etats membres et faire des recommandations pour accélérer le projet d’une monnaie unique régionale. Les chefs d’Etats se sont aussi félicités de l’augmentation du taux de croissance économique régional qui s’est établi à 6,1 % en 2006 contre 5,5% l’année précédente, même si l’on est encore loin des 7% nécessaires pour remplir les objectifs de développement du Millénaire fixés par l’ONU (réduction de la pauvreté de moitié d’ici 2015).

Cependant la zone monétaire unique de la CEDEAO, prévue sur papier en juillet 2005, est encore repoussée aux calendes grecques. La convergence des politiques économiques et financières, semble pour l’instant, un objectif difficile à atteindre au vu des énormes disparités qui existent.

Cela n’a pas empêché les chefs d’Etats de réaffirmer leur volonté de signer un accord de Partenariat économique avec l’Union européenne. L’une des exigences de la région pour la signature des APE est d’arriver à une intégration solide. La région gagnerait alors à construire une intégration. Si l’on doit respecter les délais pour la signature d’un APE, il serait utopique de penser que l’intégration régionale serait d’ici là une réalité. Et signer un accord de partenariat économique sans respecter cette exigence serait lourde de conséquence surtout que les différents pays qui composent la CEDEAO n’ont pas le même niveau de développement ; nous avons aussi bien des PMA que des non PMA. Affirmer une volonté de signer ne suffit pas. Encore faut-il que les conditions de la signature soient remplies.