Passerelles SynthèseVolume 6Numéro 6 • Juin 2007

Retour au multilatéralisme pour sauver ” Doha ” après l’échec de Postdam.


La réunion du G4 (Brésil, Inde, Etats-Unis et UE) à Postdam s’est soldée par un échec sans appel. Pourtant beaucoup d’espoirs étaient fondés sur cette rencontre. Lamy avait même prédit qu’un ” accord était à portée de main “. Mais les ” quatre grands ” n’ont pas pu trouver des espaces de convergence suffisamment importants pour débloquer les négociations.

Au final, chacun rejette la responsabilité sur l’autre. Ce qui sûr cependant, c’est que chaque partie est restée sur ses positions en appelant les autres à plus de souplesse et de concessions. Les Etats-Unis et l’UE demandaient l’abaissement des droits de douane sur les produits industriels en échange de concessions sur l’agriculture ; ce qui naturellement a été refusé par le Brésil et l’Inde.

Les négociateurs américains et européens se sont désolés de cet échec et ont accusé tour à tour le Brésil et l’Inde de ne pas avoir fait d’efforts suffisants pour arriver à un accord. Selon la représentante américaine, Mme Schwab ” d’un coté de la table on a tout donné, mais pas de l’autre,… ” et ” l’Inde et le Brésil étaient sur des positions extrêmement rigides “. ” C’était moins une négociation qu’une vente aux enchères, a-t-elle poursuivi, avec le commissaire priseur qui disait: mettez plus sur la table, plus, encore plus… “.

M. Mandelson, le commissaire européen au commerce, lui a emboîté le pas en déclarant : ” alors qu’en Europe nous sommes prêts à donner beaucoup, nous ne pouvons le faire en obtenant trois fois rien en retour. ” Le Ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim, et le Ministre indien du commerce M. Nath, représentants des pays émergents, qui avaient rompu les pourparlers ont à leur tour accusé les Occidentaux de vouloir perpétuer les déséquilibres du commerce mondial. M.Amorim a estimé qu’”Il est inutile de poursuivre les négociations compte tenu de ce qui est sur la table”.

L’agriculture avait été une nouvelle fois la responsable du dialogue de sourds entre les parties. Depuis 2001, les négociateurs tentent de résoudre une équation quasi-impossible: obtenir des Occidentaux qu’ils réduisent leurs subventions et ouvrent davantage leurs marchés aux produits agricoles en provenance des pays émergents afin que ceux-ci, en retour, abaissent leurs barrières pour les productions industrielles des pays riches.

M. Amorim a expliqué qu’en matière de subventions, Bruxelles et Washington restaient ” très au-dessus ” des exigences des pays émergents du G20, qui souhaitaient plafonner ces aides à 12 milliards de dollars par an pour les Etats-Unis et à 20 milliards pour les Européens.

La divergence fondamentale est venue de la proposition de l’UE qui voulait un coefficient 20 de réduction tarifaire (c’est-à-dire de limiter à 20% maximum les droits de douane) pour les produits industrialisés alors que le Brésil et l’Inde qui jugeaient cela trop ambitieux de la part des occidentaux campaient sur la barre des 30 de coefficient au minimum. Le ministre indien du commerce a déclaré que ” les pays développés veulent promouvoir et protéger la prospérité de leurs agriculteurs, alors qu’en Inde, nous parlons de protéger le mode de vie de nos fermiers “. Son homologue Brésilien est convaincu que les représentants de Washington et de Bruxelles se sont rendus à Potsdam en s’étant mis d’accord au préalable sur les concessions qu’ils attendaient de Brasilia et de New Delhi concernant l’ouverture des marchés aux produits industriels occidentaux.

Après avoir affirmé que le cycle de Doha ” doit créer des flux commerciaux des pays en développement vers les pays développés et non l’inverse “, M. Nath a sonné ” la fin du voyage pour le G4 “.

Désormais c’est l’OMC dans son ensemble qui devra faire avancer le Cycle de Doha. Il appartient maintenant au cadre multilatéral de poursuivre les négociations, au grand soulagement de la majorité des pays en développement qui se sont plaints d’être tenus à l’écart des tractations du ” G4 “. ” Le système multilatéral ne peut pas être utilisé comme un tampon et légitimer les décisions prises par quelques-uns “, a souligné Gail Mathurin, ambassadeur de la Jamaïque auprès des Nations unies, qui représente le ” G90 Plus ” (le groupe des pays africains, des ACP- et les PMA). L’ambassadeur a ajouté que ” la majorité des membres du “G90 Plus” avaient peu ou aucune connaissance des progrès ou du contenu du processus du G4. Pascal Lamy avait indiqué peu avant la réunion de Potsdam que le G4 ne disposait pas d’ ” une clé d’entrée spéciale ” dans les négociations. La suite des négociations sera certainement difficile mais peut tout de même aboutir. Malgré l’échec de Postdam, l’espoir d’une suite heureuse survit encore.

Le Ministre brésilien des Affaires étrangères Celso Amorim pense en effet que c’est ” difficile, mais pas impossible ” pour les 150 Etats membres d’arriver à un accord. Pour prendre toute la mesure de la tâche et évaluer l’échec de cette réunion du G4, tous les membres de l’organisation se sont d’ailleurs réunis à Genève le 22 juin autour de Pascal Lamy, pour qui l’absence d’accord au sein du ” G4 ” ne signifie ” pas la fin des négociations “. Il estime que, ” la convergence entre ces Etats membres aurait été utile pour ouvrir la voie vers une convergence multilatérale, mais utile ne veut pas dire indispensable “. Réagissant suite à cet échec, le Président Bush s’est dit ” déçu de voir que certains pays bloquent une occasion d’étendre les échanges “. ” De grandes économies comme le Brésil et l’Inde, a-t-il ajouté, ne devraient pas s’opposer au progrès de pays plus petits, pauvres et en développement, mais c’est ce qui semble s’être produit cette semaine en Allemagne “. Ce que réfute son homologue Brésilien, Lula, qui s’est désolé de la volonté des pays occidentaux de s’être mis d’accord à l’OMC pour défendre leurs intérêts agricoles contre les nations émergentes.

En définitive, il faudrait se rendre à l’évidence. L’échec de Potsdam met sérieusement en péril le cycle de Doha, alors que le temps est compté: un accord sur les grandes lignes de la négociation est indispensable dans les prochaines semaines si les 150 pays membres veulent tenir leur engagement de boucler les travaux fin 2007.