Passerelles Synthèse • Volume 5 • Numéro 1 • Fevrier 2006
Afrique : les ONG critiquent les résultats de la Conférence ministérielle de l’OMC à HongKong
Réunies récemment à Accra pour évaluer les résultats de la conférence ministérielle de l’OMC à HongKong, des ONG africaines et Internationales ont rejeté toute idée tendant à voir dans la dernière ministérielle de l’OMC une réussite quelconque.
Contrairement aux déclarations de plusieurs gouvernements qui saluaient la réussite de la conférence ministérielle de l’OMC, les organisations non-gouvrnementales (ONG) qui ont suivi les négociations ont été quasi unanimes à qualifier la réunion d’échec, par rapport aux objectifs de développement.
Les ONG - qu’elles s’occupent de développement, d’environnement ou de droits du travail - ont été très critiques. Pour elles, les résultats de la Conférence sont " consternants " et constituent une " catastrophe pour le développement ".
Africa Trade Network (ATN), le principal réseau africain sur les questions commerciales a déclaré qu’au lieu d’être une étape importante dans le " round du développement ", la Conférence de HongKong s’était terminée en plateforme pour des résultats anti-développement. La Déclaration de HongKong est " une perte pour les pays africains. Ils ont été contraints de faire des concessions sur la plupart des positions sur lesquelles ils s’étaient venus à HongKong. Et toute consolation dans d’autres domaines est au mieux ambiguë, au pire illusoire. "
Selon ATN, la perte la plus nette est dans les services " où leur droit de choisir quels secteurs des services ouvrir et dans quelle mesure, en conformité avec leurs propres intérêts nationaux, a été compromis. L’annexe C sur les services ouvre la voie à des négociations plurilatérales et sectorielles, ainsi qu’à une participation étrangère accrue dans l’investissement dans les secteurs des services - ce qui exerce des pressions considérables sur les pays africains pour les amener à ouvrir des secteurs des services sensibles aux puissantes firmes du Nord.
" Dans l’agriculture, les intérêts africains ont été ignorés, par exemple les flexibilités spécifiques dont les pays en développement ont besoin, avec des plafonds tarifaires et des consolidations faibles homogènes. La date butoir de 2013 pour l’élimination des subventions à l’exportation perd de sa signification au regard des dommages subis par les agriculteurs africains en raison des mesures de soutien interne appliquées dans les pays riches. Le soutien interne dans l’UE s’élève à 55 milliards d’euros, alors que les subventions à l’exportation comptent pour 3 milliards d’euros. Les pays riches se sont également aménagé une échappatoire à travers une formulation selon laquelle la date butoir ne sera confirmée qu’à l’achèvement des modalités.
" Tout ceci, en échange d’un soi-disant ensemble du développement essentiellement vide. L’offre faite aux PMA est bien en-dessous des attentes. Au lieu de la demande initiale d’un accès en franchise de droits et sans contingents aux marchés des pays développés pour tous les produits de tous les PMA, ces pays ont vu cette offre édulcorée pour ne couvrir que 97% des produits, et il est recommandé de faire l’effort maximal de le faire " de manière durable " Ceci signifie que les pays riches peuvent exempter précisément les produits qui intéressent les PMA africains du point de vue des exportations.
" L’aide pour le commerce est, au mieux, essentiellement une proposition vide, parce qu’il n’y a aucun engagement à fournir les fonds promis ; et au pire, une libéralisation de l’aide pour le commerce, pour aider les économies africains à s’adapter à la libéralisation forcée.
" Concernant le coton, la principale menace pour les producteurs de coton africains - le soutien interne dans les pays industrialisés, qui détruit le marché pour des millions de producteurs de coton africains - n’a pas été supprimée. "
Selon l’Organisation des producteurs de coton africains, les résultats de HongKong étaient si mauvais " qu’il reste tout à faire ". Les producteurs de coton africains se sont rendus à HongKong en espérant trouver une solution aux problèmes des subventions injustes ayant des effets de distorsion des échanges dont bénéficient les producteurs américains et européens. " Malheureusement, il n’y a eu aucune proposition concrète sur la demande la plus essentielle, à savoir l’élimination des subventions internes accordées par les pays développés, même si elles représentent près de 90% du total des subventions au coton américaines et près du total des subventions européennes. "
Les producteurs africains ont noté que les gouvernements n’avaient pas apporté de réponse concrète au problème. Les producteurs n’accepteront pas la décision de HongKong et " ne mettront pas fin à leur combat visant l’élimination des subventions au coton internes des pays riches. "
D’autres ONG comme Oxfam International, TWN, Actionaid, Focus on Global South et Friends of Earth International, Greenpeace, Public Citizen etc. ont aussi abondé dans le même sens. Elles ont qualifié le texte d’inacceptable en lui reprochant de refléter les intérêts des pays riches. C’est une " trahison des promesses de développement. De faibles progrès sur certains aspects de l’agriculture ont été plus qu’annulés par des propositions tout à fait désastreuses sur les services et l’industrie. Les pays en développement se sont retrouvés dans une position impossible : soit accepter un texte sérieusement imparfait ou se voir reprocher l’échec du cycle. ". Commentant l’attitude du G20, les ONG ont affirmé que ce groupe a trahi les intérêts des pays en développement car sachant " pertinemment qu’il n’y a pas, avec ce texte, de réduction réelle du soutien interne et des subventions à l’exportation accordés par l’UE et les États-Unis. L’Inde et le Brésil ont dupé les pays en développement, en échange d’une certaine part d’accès aux marchés pour le Brésil et de l’externalisation des services pour l’Inde. ".
Sources : Public agenda, Twnafrica, Africa Trade network