9th January 2013

Passerelles | Vers un régime commercial sud-africain respectueux du climat


Godwell Nhamo

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Un nombre incalculable de régimes réglementaires en matière de changement climatique est apparu chez les partenaires commerciaux identifiés de l’Afrique du Sud. Depuis Octobre 2009, la Chine est la principale destination des exportations sud-africaines. Même si  la Chine ne fixe pas de cibles de réduction des émissions (obligatoires) en 2013, les pays développés du Nord, tels l’UE et les États-Unis font pression sur ce pays en vue d’une réduction de son empreinte carbone. Les pressions globales visant à contraindre la Chine à réduire les émissions auront des retombées, car la Chine influera en retour sur ses principaux partenaires commerciaux  pour qu’ils en fassent de même.  Bien que  beaucoup estiment toujours que la Chine n’est pas assez impliquée dans la réduction des émissions de carbone, différents observateurs s’accordent à  reconnaitre un vaste mouvement vers une économie à faibles émissions de carbone. Le Royaume-Uni  et l’UE ont atteint  un stade  avancé en termes de respect du climat. L’administration américaine fait œuvre de pionnière dans les domaines de la réglementation  des émissions des véhicules et de l’efficience énergétique.

COMMERCE SUD-AFRICAIN AVEC LA CHINE, LE ROYAUME-UNI ET LES ETATS-UNIS

Il est important d’examiner les schémas d’échanges de l’Afrique du Sud avec ses partenaires privilégiés. Ces informations nous aident à comprendre les impacts probables des régimes réglementaires du changement climatique sur le commerce.

Exportations

Les chiffres à l’exportation montrent une tendance lourde en faveur de la Chine en 2009. En effet, sur des exportations d’une valeur de 58,83 milliards de rands, la Chine à elle seule comptait pour 46,86% du total de la valeur des échanges.

Les Etats-Unis venaient en seconde position, avec 22,62% de la valeur des échanges. Le Royaume-Uni se plaçait en troisième position, avec 22,62% de la valeur des échanges.

Jusqu’à 85,36% de la valeur des exportations sud-africaines représentaient cinq grands secteurs commerciaux. Soit, les produits minéraux (classés en première place et contribuant pour 33,19% de la valeur totale exportée) ; les perles naturelles et de culture (seconde place, et contribuant pour une valeur de 18,06%) ; les métaux de base et articles de métaux de base (3ème place, représentant une valeur de 16,98%) ; le véhicules, aéronefs, navires et transports associés (4ème place, et se partageant une valeur de 12,44%) ; et les produits des industries chimiques et annexes (en 5ème position et comptant pour une valeur de 4,68%).

Les exportations sud-africaines de véhicules et de produits associés du secteur vers les Etats-Unis représentent une partie importante des échanges. Ce scénario pose un défi considérable au secteur local des exportations car des réglementations plus strictes sur le carbone seront en place d’ici 2016. Ainsi, les fabricants de véhicules seront contraints d’accroître le rendement énergétique d’une moyenne de 6,6 litres pour 100 km. Les émissions de gaz d’échappement seront également réglementées pour la première fois, l’objectif majeur étant une réduction des émissions de carbone de 21% d’ici 2013, et une réduction de la dépendance à l’égard des importations de pétrole. S’ils souhaitent conserver le marché des exportations américain, les fabricants Sud-Africains devront donc se conformer à ces nouvelles règles.

Importations

Les chiffres des importations de l’Afrique du Sud montrent une fois de plus une tendance lourde en faveur de la Chine. Ainsi, sur des importations d’une valeur de 69,07 milliards de rands, la Chine à elle seule comptait pour 51,02% (soit 35,24 milliards de rands) de la valeur totale. En seconde place venaient les Etats-Unis, avec 33,71% de la valeur des importations, puis le Royaume-Uni, avec 15,27% de la valeur commercialisée.

Cinq secteurs d’importation représentaient jusqu’à 72,05% de la valeur totale des importations, soit :  en première place les machines, appareils mécanismes et appareils électriques puis, les  produits des industries chimiques et alliées ainsi que les véhicules, aéronefs, navires et transports associés, suivi par le textiles et enfin, les métaux de base et articles en métaux de base.

Une analyse par pays plus approfondie révèle une dimension supplémentaire. Les machines, les appareils mécaniques et électriques étaient classés en première position dans les trois marchés d’importation en 2008 et 2009. Toutefois, alors que les importations de textiles et d’articles en textiles étaient respectivement classées en 2ème et 3ème position pour la Chine, en 2008 et en 2009 respectivement, ces chiffres diffèrent largement de ceux du  Royaume-Uni (11ème et 12ème). Les Etats-Unis étaient classés à un niveau encore plus bas, c’est-à-dire à la 14ème et à la 16ème place. En supposant que le gouvernement chinois progresse vers la régularisation du secteur des exportations de textiles pour respecter le climat, les effets seront largement ressentis par l’Afrique du Sud car c’est l’un des secteurs d’importation clés. Les probables pressions se porteront sur la nécessité de s’orienter vers des pratiques agricoles biologiques et respectueuses du climat, étant de nature à rehausser les coûts de production.

L’Institut des ressources mondiales (WRI) note que l’approche adoptée par la Chine dans la prise en compte du changement climatique - telle qu’énoncée dans le programme national sur le changement climatique- utilise une combinaison d’instruments réglementaires, tels que des quotas,  des taxes sur l’énergie, des sanctions financières ainsi que des normes industrielles et en matière d’équipements. L’application de ces dernières aura un impact significatif pour le commerce sud-africain, car elles affectent les entrées et les sorties de marchandises commercialisées entre les deux pays. Etant beaucoup plus importante que celle de l’Afrique du Sud, l’économie chinoise aura probablement une influence en termes d’orientation des échanges.

Echanges nets en 2009

Hormis le Royaume-Uni, les chiffres des échanges nets affichaient un déficit commercial avec la Chine (-7,67 milliards de rands) et les Etats-Unis (-5,34 milliards de rands) en 2009.

L’Afrique du Sud est exportatrice nette vers le Royaume-Uni, comme le montre le chiffre positif de 2,76 milliards de rands. Les 5 premiers secteurs de grappes de produits d’exportation vers le Royaume-Uni comptaient pour 77,7% de la valeur totale, pour un montant de 13,32 milliards de rands. Ces secteurs de grappes (classés de 1er à 5ème) étaient : les perles naturelles et les perles de culture, les pierres précieuses et semi-précieuses (comptant pour 45,10% de la valeur totale) ; les produits végétaux (11,00%) ; les aliments préparés, les boissons et spiritueux et le vinaigre (7,50%) ; les machines appareils mécaniques et électriques (7,50%) ; et les produits minéraux (6,60%).

Parmi les produits d’exportation identifiés, il y en a certains sur lesquels tant les régimes réglementaires en matière de changement climatique au Royaume-Uni que la vulnérabilité au changement climatique dans le pays hôte, l’Afrique du Sud, pourraient avoir des impacts négatifs. Par exemple, le Food Miles Programme au Royaume-Uni peut avoir des incidences négatives importantes sur les exportations de produits végétaux et d’aliments préparés, de boissons et spiritueux et de vinaigre, car l’importation de telles marchandises d’Afrique du Sud entraîne une empreinte carbone élevée.

PERSPECTIVES D’AVENIR

La Banque Mondiale lance le concept de taxation du carbone virtuel et soulève la question suivante : Le carbone devrait-il être taxé là où il est émis, ou là où les marchandises sont consommées, sur la base de leur carbone « intrinsèque » ou « virtuel » ?

Le carbone virtuel est la quantité de carbone émise dans la production et la fourniture d’un bien ou service particulier. La Banque Mondiale remarque  que de nombreux grands pays exportateurs font valoir qu’ils seront pénalisés par la taxation  hors-source, alors qu’une grande partie du carbone est généré et émis durant le processus de production des marchandises d’exportation. La Chine et la Fédération de Russie sont signalés à la Banque comme exportateurs nets de carbone virtuel, l’UE, les Etats-Unis et le Japon étant des importateurs nets. Il en résulte qu’une facilité visant à amener les pays à imposer une taxe carbone traitera de la compétitivité et des effets des fuites carbones si des pays concurrents n’ont pas de mesures similaires en place. Ceci entraînera la prise en compte de la taxation des importations de carbone virtuel pour uniformiser les règles du jeu.

Des régimes réglementaires rigoureux en matière de changement climatique chez les principaux partenaires commerciaux de l’Afrique du Sud auront certainement des implications à la fois pour les marchés d’exportation et d’importation, ainsi que pour les échanges nets. S’il n’est pas corrigé de manière adéquate, ce biais persistera toujours au détriment de l’Afrique du Sud, en particulier pour les exportations.  Il en résulte que les régimes réglementaires en matière de changement climatique devraient toujours laisser de la place pour le développement et la réduction de la pauvreté, en particulier dans le contexte d’une économie émergente telle que l’Afrique du Sud.

Les conditions sont réunies pour l’instauration d’une économie globale verte, à faible émission de carbone. En tant qu’acteur global émergent, l’Afrique du Sud est tenue de jouer le jeu pour continuer sur la voie d’un développement solide  pour ce pays.

L’Afrique du Sud subit des pressions plus globales, en particulier des pays développés du Nord, pour qu’elle s’oriente vers une économie à faible émission de carbone.

On peut toutefois  reconnaître le travail et les progrès importants réalisés jusqu’ici par l’Afrique du Sud face aux défis  globaux du changement climatique et de l’économie verte. Le cadre et la volonté politique pour migrer vers une Afrique du Sud plus verte sont en place. Ce qui reste à faire, c’est de réveiller certaines des politiques en place. La Stratégie d’atténuation à long terme (Long Term Mitigation Strategy - LTMS), par exemple, identifie le besoin de déployer la technologie de capture et de séquestration du carbone (CSC). La réforme de la taxe environnementale est une autre initiative en cours. L’Accord sur l’efficacité énergétiqueet le Projet de divulgation des émissions de carbone sont deux régimes réglementaires volontaires phares sur le changement climatique, mis en place par le monde des affaires. Les politiques les plus récentes pour l’Afrique du Sud sont la stratégie nationale pour le changement climatique de 2011 et l’accord sur l’économie verte, ainsi que l’établissement du fonds vert en 2012. A la suite de l’adoption de la stratégie nationale sur le changement climatique, les 9 provinces du pays ont également élaboré leurs politiques sur le changement climatique.

Auteur: Professeur Godwell Nhamo, Chaire Exxaro pour les affaires et les changements climatiques, Université d’Afrique du Sud.
Ce texte est une version abrégée (à la demande du  Centre Africain pour le Commerce, l’Intégration et le Développement (CACID) du Chapitre I d’abord publié dans un ouvrage intitulé « ”Green Economy and Climate Mitigation: Topics of Relevance to Africa » par Africa Institute of South Africa Press.

Crawley, J. 2009. US President Obama announces regulations for vehicle energy efficiency. http://www.busrep.co.za/index.php?fSectionId=565&fArticleId=5167745. [Accessed 13 December 2010].

WRI (World Resources Institute). 2009a. Energy and climate policy in China. Geneva: World Resources Institute. p. 1.

World Bank. 2010. World development report 2010: Development and Climate Change. Washington D.C.: World Bank. p. 263.

DME (Department of Minerals and Energy). 2005. Energy Efficiency Accord. Pretoria: Department of Minerals and Energy.

Carbon Disclosure Project. 2009. CDP 2009 (CDP7) Information Request. Johannesburg: Carbon Disclosure Project 2009.

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